La révolution numérique - Congrès PCF

Intégrer et revendiquer le salaire étudiant, mener la bataille pour le salaire socialisé
Contributeurs :

La révolution numérique bouleverse profondément le monde du travail : d'une part elle remodèle les métiers existants et en produit de nouveaux, d'autre part elle s'accompagne d'une nécessaire élévation importante du niveau de qualification pour permettre la maitrise du travail dans tous ses nouveaux aspects. À l'heure actuelle, cela mène aussi à des métiers hautement qualifiés, très valorisés et bien rémunérés, mais aussi une disparition voire une déqualification de certains métiers. Qui plus est, l'organisation libérale du travail actuellement à l'oeuvre s'appuie sur ces changements pour rompre les solidarités persistantes et individualiser le travail, ce qui met le rapport au travail dans une profonde crise. Concrètement, les travailleurs et les travailleurs ont parfois l'impression que ce qu'ils font n'a que très peu de sens. D'autre part, les libéraux ont tout à fait compris que l'élévation du niveau de travail est incontournable; pour autant, ils souhaitent que les travailleurs qualifiés intègrent la nouvelle organisation libérale du monde du travail, avec des métiers qualifiés qui ne seraient pas rémunérés à leur juste valeur. Cela passe notamment par la formation des futurs travailleurs, notamment dans l'enseignement supérieur, où les étudiant.e.s se voient dispenser des cours de marketing personnel et de rédaction de CV, et l'acceptation progressive du moins-disant social, et ce au sein de leur formation. Comme de nombreuses travailleurs actifs, les étudiant.e.s et les autres travailleurs en formation se considèrent comme tels et sont conscients des enjeux de leurs futurs métiers, et ils aspirent à pouvoir vivre de leur travail, à disposer de temps libre pour les loisirs tout en ayant une vie professionnelle accomplie et qui ait du sens. Les débats récents qui ont porté sur les rapports nouveaux au travail, à sa rémunération, voire au lien travail-salaire en sont une illustration claire, et ils traversent l'ensemble de la société. La popularité que rencontrent à l'heure actuelle le revenu universel et le salaire à vie en sont l'illustration notoire. Depuis peu, le PCF a fait le choix de porter la sécurité emploi-formation : assurer un salaire, pendant l'emploi comme la formation. Sur ce second point, un autre organisation du mouvement communiste, l'UEC, porte depuis fin 2014 le salaire étudiant et l'a développé progressivement pour répondre aux enjeux du milieu étudiant. Plus largement, le MJCF porte la proposition d'un salaire socialisé - dont ce salaire étudiant depuis son congrès de fin 2014 - pour les jeunes avec ou sans emploi, comme en formation. Alors que ces deux organisations ont developpé ces propositions politiques en phase avec leurs milieux, le PCF reste sur la proposition d'une simple revenu pour les jeunes et d'augmentations des bourses étudiantes : cela n'est pas à la hauteur des enjeux, et surtout cela ne reconnait la dimension qualifiée du travail et de la formation des jeunes et des étudiant.e.s. C'est même là où s'engouffrent les libéraux, et face à laquelle renonce une partie du mouvement social, pour développer un véritable misérabilisme auprès des jeunes. Ces derniers sont alors dépeints comme des êtres dans le besoin, au lieu d'être considérés comme les travailleurs et travailleuses qualifié.e.s de demain. Ne pas considérer la jeunesse à sa juste valeur, c'est mettre en échec l'avenir du pays : condamner à vivre en-dessous du seuil de pauvreté, généraliser le RSA à tout.e.s les jeunes, ce n'est pas ce qui valorisera le travail qualifié pour tout.e.s et qui permettra la réussite du pays. Les jeunes aspirent à réussir leurs études, à réussir dans leur métier, à vivre pleinement et dignement, à pouvoir avoir du temps pour les loisirs. Le PCF se doit de se réapproprier le salaire étudiant, tout comme le salaire socialisé pour l'ensemble des jeunes, en l'intégrant et en l'enrichissant au sein de la sécurité emploi-formation : d'une part, cela ouvrirait la voie à une démarche offensive pour étendre, et non pas seulement défendre, la Sécurité Sociale avec la création d'une branche dédiée à la formation; d'autre part, pour rendre universel le droit à la retraite, à la santé, à la formation continue pour les travailleurs et travailleuses de demain, mais aussi pour celles et ceux qui sont déjà au travail. D'autre part, cela permettrait de créer un lien effectif entre formation et salaire, et ainsi sortir plusieurs milliers de jeunes de la précarité, pour leur permettre de vivre et de travailler pleinement, sereinement. Valoriser le travail pendant les études, c'est permettre la réelle revalorisation de la formation continue, avec l'assurance de moyens matériels et financiers et ce peu importe le type de métier occupé dans le monde du travail. Aussi, cela serait un point d'appui pour réaffirmer le lien entre salaire et travail, et plus particulièrement entre diplôme, conventions collectives et salaires. Si les libéraux s'attaquent à la cohérence des formations universitaires, à la qualification et à la valeur des diplômes, c'est pour revoir les niveaux de droits sociaux à la baisse en premier lieu pour les diplômés, mais aussi pour les milliers de non-diplômés qui ne sont pas aussi bien protégés que les diplômés des aléas de l'organisation libérale du monde du travail. Les attaques contre les diplômes nationaux sont également autant d'attaques contre la fonction publique, notamment la catégorie C, qui s'appuie sur ces diplômes pour définir les niveaux de salaire, de droits sociaux et les possibilités d'évolutions professionnelles. Le PCF se doit de porter la reconnaissance du travail pendant la formation pour mieux porter la bataille cruciale dans le monde du travail pour la revalorisation des droits sociaux des diplômés comme des plus précaires. En effet, cela donnerait d'autant plus de force aux travailleurs de demain pour revendiquer leurs droits, pour faire valoir ses savoirs et savoirs, leurs capacités effectives de maitrise des outils de leur branche professionnelle. Porter la bataille du salaire, de la cotisation, c'est le point de départ pour permettre de libérer le monde du travail du pouvoir de l'Etat bourgeois, du patronat et de ses alternances. Plus que jamais, les travailleurs et travailleurs, en formation, sans emploi, en activité, doivent pouvoir disposer des conditions suffisantes et nécessaires pour penser et organiser au quotidien le travail de la manière la plus pertinente qui soit. Cela suppose donc de disposer du pouvoir décisionnel : sans salaire suffisant et récurrent, seule une infime minorité sera en capacité de le faire, et à l'heure actuelle c'est cela qui assure l'emprise du patronat et de ses amis libéraux sur le monde du travail. Les travailleurs et travailleuses de ce pays méritent mieux que le chaos libéral actuel : plus que jamais, menons haut et fort la bataille du salaire socialisé pour permettre à toutes, à tous de vivre de son travail sans être la peur du lendemain.

Les commentaires

  • a commenté 2017-12-28 16:27:26 +0100
    Je vous engage tous à étudier le livre de Bernard Friot “Emanciper le travail” ou pour une réflexion plus rapide la vidéo de Usul Bernard Friot sur le salaire à vie : https://www.youtube.com/watch?v=uhg0SUYOXjw
  • a pris position important 2017-12-28 16:27:26 +0100
  • a commenté 2017-12-23 08:26:40 +0100
    @Jérémy Roggy

    A lire ta proposition, j’avais perçu le souci de mettre plus de cohérence dans les approches des communistes.
    Je n’avais pas perçu qu’une 1ère de tes préoccupations est de voir affirmer qu’étudier = travailler doit donc donner droit à salaire, fussent au titre des richesses futures que créera l"étudiant. Là dessus mon commentaire donne ma position. J’y reviens autrement.
    Le salaire est la forme juridique d’un type donné de relation commerciale, le contrat de travail. Et par essence, d’une manière ou d’une autre, ce salaire prend fin avec ce contrat. Le salaire à vie n’existe donc pas! Les fonctionnaires touchent d’ailleurs un traitement, qui est à vie lui, parce que le citoyen engage ses capacités au service des actions confiées par l’ensemble des citoyens aux institutions et organismes de la Nation. Ils ont à ce titre un statut et le traitement est à vie parce que les missions confiées à la nation de ne cessent pas. Le traitement des fonctionnaires n’est donc un salaire, et pas plus un salaire à vie. Dans les deux cas, la confusion des genres ravit le Medef!
    L’usage du mot salaire est de même ambiguë pour le cas étudiant. Sur les stages, pour les formations en alternance la question de leurs rémunération est posée depuis longtemps, pas besoin d’en rappeler plus.

    Relever l’ambiguïté du terme salaire ne signifie en rien nier que se former nécessite de travailler. Plus aujourd’hui qu’hier ? En BTS, fin 1970, il y avait 40 heures de cours, plus le travail perso… Ni que cela ne doit pas ouvrir des droits au vu de ce que cela signfie pour la continuité de la société. Mon commentaire le rappelle explicitement à al fois sur l’aspect de cette société et pour les salariés actuellement en activité…

    Ce qui est posé avec l’allongement des études, c’est comment bien travailler à se former, pour réussir, sans nuire à sa future retraite, à sa santé, sans s’endetter, à son droit à sa vie d’adulte et pas au détriment de la vie de ses parents. Donc l’étudiant du supérieur doit toucher une rémunération. Mais il faut veiller à ne pas semer de trouble. Ajouter le qualificatif d’étudiant me semble une précaution minimum.

    Sinon toute rémunération devient salaire et tout est bon pour faire avancer les thèses de B. Friot partout, sur n’importe quel sujet… ou au nom de la moindre cause où il est question de revenu.
    C’est une stratégie systématique qui se déploie partout. Elle est un peu exaspérante. Sans doute que tu ne partages pas mon point de vue critique et que ton souci est que la cause étudiante soit une occasion comme une autre de promouvoir la proposition de B. Friot et de son reseau. Je n’avais pas perçu cela dans ta proposition. Mais on y voit un peu plus clair. C’est déjà cela.

    Tu devrais néanmoins examiner en profondeur mes critiques sur cette thèse car le salaire se défend durant de longue décennies. Mieux vaut ne pas se tromper sur ce qu’il est et sur ce qu’il n’est pas.

    Cela dit, je crois que tu ne peux affirmer que ma conception de l’autonomie financière est misérabiliste puisqu’au contraire je propose qu’elle intègre l’ouverture des mêmes droits sociaux (protection sociale et retraite notamment…) pour l’étudiant et le salarié, c’est à dire qu’elle met l’étudiant du supérieur dans le même dispositif que tout salarié. Le seul reproche ici que tu peux faire est que je ne fixe pas le niveau de cette autonomie financière. Mais je n’ai fait à aucun moment référence aux niveaux de salaires dans les entreprises ou ce qu’ils devraient être.
  • a commenté 2017-12-23 06:44:49 +0100
    Vous parlez d’autonomie financière des étudiants dans les commentaires, mais en restant dans cet esprit misérabiliste selon lequel les étudiants sont dans le besoin et en minorant le travail fourni pendant les études. Pendant leurs études, les étudiants vont en cours, en travaux dirigés et en travaux pratiques, révisent, réalisent des projets tutorés, fournissent un travail manuel ET intellectuel en vue de se former à leur futur branche professionnelle. Ils travaillent pour se former à leurs futurs métiers, et tout de même avoir le baccalauréat ça reconnait un certain niveau de qualification.

    Regardez bon nombre de filières aujourd’hui : de plus en plus d’étudiants ont cours de 8h-17h/18h, voire plus (sciences, sciences, médecine/pharma, écoles d’ingé) et quand ça n’est pas le cas ils ont une masse équivalente de travail (notamment dans les filières de sciences humaines et sociales) en dehors de l’université et de leur école supérieure. Les stages et l’alternance sont le lien le plus direct avec le monde du travail pendant la formation, et ils permettent de mieux cerner les exigences de métiers, en s’adaptant aux horaires de travail (très souvent du 8h-17h/18h), en appliquant les savoirs et savoirs-faires appris pendant le reste de la formation. L’enseignement supérieur forme au travail hautement qualifié, et c’est inacceptable que dans l’un des pays les plus riches du monde, on soit incapables de se résoudre à rémunérer le travail des futurs actifs d’autant plus que les moins de 25 ans n’ont aucun droits sociaux. C’est une honte que les techniciens, ingénieurs et cadres de demain ne soient payés que 550€ par mois pendant leurs stages, et ça en dit sur comment on traite les jeunes travailleurs dans ce pays.

    Et je le dit franchement et sincèrement, c’est incroyable qu’au sein du PCF et dans le mouvement social on ne soit même plus vraiment choqué que des jeunes soient payés aux alentours de 100€ à 900€ par mois, 500€-600€ par mois en moyenne (via leurs bourses, ou leurs jobs étudiants, ou leurs gratifications de stages). Il en finir avec la vision social-démocrate qui fait passer par le financement par l’impôt, et rompre les gauchisme consistant à vouloir l’augmentation forte des bourses qui n’est qu’une revendication radicalisée de la social-démocratie. Il faut aussi en finir avec la vision qu’ont certains dans le PCF et le mouvement social, et qui croient encore que l’enseignement supérieur et les étudiants de 2017 serait les mêmes qu’il y a 30-40 ans et qui plaquent leurs souvenirs sur la véritable réalité étudiante d’aujourd’hui.

    Pour précision, un fonctionnaire de catégorie C (catégorie basée sur le baccalauréat) à temps plein touche un salaire légèrement supérieur au SMIC. Un étudiant de licence devrait toucher un salaire étudiant supérieur au SMIC, un étudiant de L3 un salaire étudiant proche de celui d’un fonctionnaire de catégorie B en début de carrière, et un étudiant de Master/Niveau Ingénieur un salaire étudiant proche du salaire de cadre en début de carrière. Revendiquer un salaire étudiant, ça doit être un point d’appui pour revaloriser les salaires et droits sociaux dans le monde du travail, car tant de jeunes acceptent aujourd’hui par la contrainte de voir le patronat brader leurs droits sociaux en début de carrière professionnelle.

    À la fin de leur journée, les étudiants doivent pouvoir se consacrer à leur travail qui a une utilité sociale, à des loisirs pour que leur formation se déroule au mieux, pour pouvoir reproduire pleinement leur force de travail le lendemain et réussir sur l’année, obtenir leur diplôme et s’insérer à terme dans le monde du travail. Devoir faire un job étudiant payé 700€-800€/par en soirée ou en journée, avoir au grand max 500€ avec sa bourse étudiante ou un service civique, ça met dans l’angoisse du lendemain et ça ne permet pas d’étudier correctement. À à l’heure actuelle, l’égalité des chances, la réussite républicaine, la gratuité de l’université ce sont des mythes bidons qui n’apportent dans l’assiette quand il s’agit de vivre : les étudiants de classes populaires (notamment les 10% d’étudiants dont les parents sont ouvriers/employés) doivent trouver des moyens annexes pour avoir l’argent suffisant pour réussir leur année : si on reste sur la base de 500€/mois à trouver, ça fait 6000€ à trouver sur l’année. Alors que pour étudier sereinement et valoriser vraiment le travail des étudiants et alternants, il faudrait les payer au moins au SMIC, soit au moins 14000€ par an.

    Si pas mal d’étudiants travaillent pendant l’année universitaire et l’été, c’est bien pour trouver une partie de cet argent. Combien de jeunes ont renoncé à leurs études, à leur futur métier, parce que les études ne sont pas valorisées, parce que les stages sont sous-payés et qu’ils ne disposent pas de moyens matériels suffisants ? Clairement, ce sont des sommes trop importantes à acquérir à côté des études, et c’est pour ça qu’on doit faire marcher la solidarité entre travailleurs en formation et travailleurs actifs au travers de la Sécurité sociale. Et quand ça n’est pas l’argent qu’on doit trouver, ce sont les stages de fin d’année qui sont à trouver car l’organisation de l’enseignement supérieur est telle que les établissements sont incapables d’en offrir à leurs étudiants. Et donc ça soumet encore plus les étudiants à l’organisation libérale du monde du travail, car combien d’entre eux perdent leur temps à essuyer des refus voire se heurter à des structures qui ne répondent que 3 mois plus tard ? Combien d’étudiants, d’alternants se sont découragés, ont été dépités et dégoutés en voyant que leur projet d’études a été mis à mal parce qu’ils n’ont pas trouvé de stage, ou eu un tuteur/tutrice peu impliqué et peu compréhensif quant à leurs difficultés financières, et qu’ils se retrouvent à devoir repartir quasiment de zéro ? Dissocier l’enseignement supérieur du monde du travail quand on est communiste, marxiste, c’est une erreur politique majeure et très néfaste qui empêche de bien saisir les réalités actuelles de l’enseignement supérieur et du monde du travail, et des liens effectifs entre ces multiples réalités.

    Je n’inscrit pas le salaire étudiant dans le cadre du salaire à vie, mais clairement dans l’esprit du Plan Langevin-Wallon de 1944 qui résumait en ces mots : « si l’on considère enfin l’étudiant comme un travailleur, qu’il est en réalité, et qu’on lui alloue un salaire en rapport avec les services qu’il rend et qu’il est appelé à rendre à la collectivité.» On ne peut pas dissocier autonomie et valorisation du travail, il faut les penser en lien dialectique : le PCF revendique la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans, donc le baccalauréat comme premier diplôme avant l’entrée dans le monde du travail; il faut donc créer les conditions pour que les jeunes puissent aussi bien se former que travailler après le bac, et valoriser leur travail en formation et dans le monde du travail pour qu’il puisse progresser dans leur carrière professionnelle et exercer leur citoyenneté dans le monde du travail. Vous êtes plusieurs à parler dans les commentaires d’autonomie, à déconnecter études et travail, mais si vous regardez les salariés en formation continue, ceux-ci disposent de leur salaire maintenu pour pouvoir étudier et acquérir de nouveaux savoirs et savoirs-faires : la même chose doit exister pour les étudiants et alternants en formation initiale. Les étudiants, les jeunes en formation initiale doivent avoir des droits sociaux tangibles, pas des bons de réductions visant à diluer la précarité quotidienne. Là avec la loi de sélection à l’université, on va encore nous parler de hausse de frais d’inscription en début d’année pour mieux masquer le vrai problème que rencontrent les jeunes en formation : le coût réel des études pendant l’année universitaire, et de fait le gâchis actuel et à venir qui va priver le pays de milliers de jeunes qui veulent étudier, travailler, réaliser leurs projets de vie et participer à la vie démocratique du pays. Les libéraux tendant à emprisonner les études et le travail, nous communistes pouvons libérer ceux qui les produisent (étudiants, alternants, travailleurs actifs) en faisant de la Sécurité sociale le coeur d’un projet politique émancipateur et actualisé.
  • a commenté 2017-12-22 19:42:36 +0100
    @Frédéric Sohe

    Je ne suis pas certain que la proposition de @Jérémy Roggy renvoie à la proposition de B. Friot. Il me semble qu’il pointe le besoin de financer l’autonomie des étudiants du supérieur avec le souci de bien mettre en cohérence diverses propositions du PCF de sécuriser le salariat au sens large.

    La seule critique que je ferai à son développement est d’avoir de raccourcir un peu trop vite ses propos sous couvert de rétablir le lien temps de travail et salaire au titre que Formation = travail.

    Il a ainsi autorisé à plaquer ce débat du salaire universel, à vie, qu’importe ici l’appellation et le fondement de la proposition, sur des enjeux d’une toutes autre nature. Il faut donc que les communistes réapprennent à user de concepts plus précis: le salaire rémunère du travail producteur de richesses vouées à l’échange marchand. Les cotisations assurent des revenus de remplacements, des pensions de retraites, les impôts financent les traitements des fonctionnaires… Etc.

    Pour le reste les enjeux, qu’il pointe sur l’élévation des qualifications, les attentes de la jeunesse, le besoin de prendre en compte qu’il faut désormais prolonger ses études bien au-delà ce qui fut longtemps nécessaire etc., me semblent légitimes.

    Je devrai m’arrêter là.

    Mais je vais tenter d’éclairer la réalité de la proposition de B. Friot sur quelques aspects puisqu’elle semble nourrir plusieurs commentaires dans l’ensemble des ateliers.

    La proposition de B. Friot est d’une autre nature que celle(s) du PCF. Il ne s’en cache pas. Et c’est son droit le plus strict de penser autrement que les communistes le projet politique à proposer. Et chacun peut avoir son opinion. Mais l’économie politique est une chose sérieuse.

    Son appropriation des entreprises par “le droit d’usage” n’est rien d’autre qu’une reformulation d’une proposition de la social-démocratie allemande naissante (la totalité du revenu du travail aux travailleurs), critiquée en son temps par Marx dans “Critique du programme de Gotha”…

    Ensuite…

    1. On ne peut récuser comme B. Friot le propose la nécessité d’une objectivation de la valeur. Débat ouvert par Aristote, et réglé à partir du XVIIe avant même A. Smith et Marx… Surtout si on propose comme B. Friot de conserver en l’état le marché des marchandises. (Cf. Sa conférence gesticulée)

    2. Sa proposition de salaire est très différente de celle de la CGT, qui elle établit un lien entre le temps de travail, la qualification comme coefficient de proportionnalité, et le SMIC lui aussi lié au temps de travail… B. Friot dit “le salaire c’est la qualification”. Ors il me semble qu’éliminer le temps de travail, est impossible car machines ou pas, capitalisme ou pas, la quantité de richesses sociales à partager dépend en dernier ressort du temps de travail… Je rajoute que le capital ne demande que ça… que les travailleurs ne comptent plus leur temps… (Cf. le pb des forfaits-jours) et même qu’ils acceptent de le prolonger au nom du “cout du travail”.

    3. Pour vérifier les diverses propositions, il faut enfin les confronter ensuite au cycle économique complet, Donc l’enchainement production, échange sur le marché que préserve B. Friot et retour à la production. Les catégories proposées ici par B. Friot sont celles d’A. Smith qui ne rendent pas compte du processus réel… dixit Ricardo qui les reprenant admit qu’il était en échec pour rendre compte des réalités économiques et sociales faites aux salariés. Cela amena K. Marx a proposer d’autres catégories qui expliquent notamment les crises d’une manière régulièrement saluée par ses pires adversaires…

    4. Je ne me reconnais pas dans la proposition de B. Friot encourageant tous les retraités à travailler gratuitement pour de jeunes et entreprenants entrepreneurs schumpétériens (Cf; sa conférence gesticulée.) J’aurai plutôt l’impression de trahir ceux qui cotisent actuellement que de faire révolution, en tout cas de leur faire une malhonnête concurrence…

    5. Je renvoie pour finir à un de mes textes publiés dans Économie et Politique en 2013 quant B. Friot avançait alors son salaire à vie au nom du travail des retraités qu’il fallait rémunérer. En ce temps là, il ne leur proposait pas encore de travailler gratuitement pour de jeunes entrepreneurs…

    http://www.economie-politique.org/sites/default/files/eco_po_710_711_velain.pdf

    Je m’arrête là car bien évidemment, je suis largement sorti du cadre. Mais cela me permettra de ne plus intervenir dans les débats sur le salaire à vie, s’ils devaient se prolonger ici ou autour d’autres contributions.
  • a commenté 2017-12-22 17:40:06 +0100
    Je rappellerai que le salaire à vie promue par Bernard Friot est complètement différend du revenu universel car il suppose la prise en main des moyens de production par les salariés (propriété d’usage) et la socialisation entière de l’économie .
    le salaire étudiant peut être financé par la cotisation sociale versé par une caisse des salaires
    http://www.reseau-salariat.info/?lang=fr
    Le salaire à vie est un projet révolutionnaire et communiste .
  • a commenté 2017-12-22 12:06:02 +0100
    Il faut bien en effet assumer l’autonomie financière des étudiants en formation supérieure.

    Sans pour autant confondre activité de formation et de travail (même en cas d’alternance) et lier ou justifier cette problématique au numérique…

    En tout cas, l’autonomie financière doit leur être assurée, Pour eux, leur réussite, l’égalité républicaine, finalement la société qui joue son avenir. Cette prise en charge doit d’ailleurs aller au-delà de l’autonomie financière (logements, protection sociale, ouverture des droits à la retraite etc.).

    Je crois qu’il s’agit finalement de nous mettre d’accord sur :
    A. Le nom du dispositif et plus encore ses finalités (pas vraiment un problème !)
    B. le ou les sources de financement; en fait 3 possibles, : l’impôt contributif des citoyens (la communauté nationale assume le devenir de sa jeunesse et donc le sien), la contribution à la source (la cotisation c’est à dire le travail (salaire et profit) pour que les salariés actuels voient leurs futures conditions de vie préservée par les capacités de travail que sauront mettre en œuvre les nouvelles générations; et la troisième oubliée mais qu’il faut peut-être réhabiliter pour le secteur public et nationalisé: une rémunération de la période d’études durant la formation contre une certaine durée d’engagement professionnel).
    C. et bien entendu l’ampleur des besoins
    D. Et l’articulation du dispositif avec les autres dispositifs existants ou à construire pour les “prolétariat” en matière de protection sociale, de construction des droits à la retraire…

    Il faut par contre savoir faire la différence avec toute idée de revenu universel, y compris celle de B. Friot qui n’ont rien à voir avec un projet révolutionnaire et communiste. Voir mon commentaire sur la proposition "Numérique ou robotique " dans l’atelier numérique, sur ce type de proposition.
  • a commenté 2017-12-10 12:43:07 +0100
    Salut les camarades,

    Oublier toutes les formes de revenu qui aident au final le monde capitaliste, faire de l’éducation populaire sur une possibilité de salaire à vie pour tous, reconnaître la force de travail de chacun femmes et hommes, la fonction publique est l’exemple même du salaire qui détache le travail à l’emploi, prendre les idées de Bernard Friot, redonner un sens à l’histoire communiste en France et revaloriser les conquêtes gagnées comme la Sécurité Sociale à 100% non pas aujourd’hui détruite par les mutuelles privés. La force communiste et les idées comme sur le livre la France en commun, nous avons tout en main agissons !

    Usul : Bernard Friot “Salaire à vie” : https://www.youtube.com/watch?v=uhg0SUYOXjw

    A savoir qu’un autre “Bernard” se frotte les mains sur des milliers de travailleurs !
  • a pris position important 2017-12-10 12:43:07 +0100
  • a commenté 2017-12-10 12:37:49 +0100
    Belle initiative Camarade !
    Par contre le Camarade Hervé Radureau confond le revenu universel avec le salaire socialisé (salaire étudiant et salaire à vie) car le salaire socialisé repose aussi sur la qualification professionnel (cf le Camarade Bernard Friot et le Réseau salariat) contrairement au revenu de base qui est promue par les libéraux ou par les social-démocrates.
    Le parti doit s’appuyer sur les conquêtes de nos lointain camarades du Parti ( avec les camarades Paul, Thorez et Croizat) et de la CGT qui ont commencé a mettre en place des institution démocratique et anti-capitaliste après la seconde guerre mondiale face à un patronat affaibli mais toujours virulent et combatif.
  • a pris position important 2017-12-10 12:37:49 +0100
  • a pris position favorable 2017-12-10 12:37:49 +0100
  • a commenté 2017-12-10 07:13:57 +0100
    Bonjour,

    Je n’accroche pas au concept de revenu universel car comme la gratuité (ce que j’ai constaté dans mon CE) il débouchera très souvent sur la déresponsabilisation de très nombreux individus.

    Par contre, je supporte totalement l’idée d’un revenu minimum pour les jeunes avec des adaptations spécifiques suivant la situation et les revenus propres du jeune.

    Mais il importe aussi de porter très rapidement notre action sur la reconnaissance des qualifications par les entreprises: à ce jour la CGT est par exemple la seule organisation syndicale à s’opposer réellement à la volonté du patronat de la Métallurgie de rémunérer les salarié-e-s de cette branche en rapport avec le poste occupé, ce qui entraine aussi d’une certaine façon la reconnaissance des métiers.

    Et cette lutte est d’autant plus importante que justement les employeurs utilisent les mutations numériques et informationnelles pour restreindre le niveau de qualification des postes de travail, à cause des limitations actuelles des outils numériques qui sont encore très loin d’égaler les capacités humaines et pour bien entendu réduire le coût du travail: les conséquences de cette évolution menée dans les entreprises par des équipes qui ne connaissent que très rarement le travail effectivement réalisé par les salarié-e-s et le collectif auquel ils-elles appartiennent sont désastreuses pour les salarié-e-s et pour les entreprises.
  • a pris position important 2017-12-10 07:13:57 +0100
  • a pris position favorable 2017-12-10 07:13:57 +0100
  • a publié dans La révolution numérique 2017-12-10 03:48:15 +0100