Le Parti et les classes populaires, au travail comme dans la cité - Congrès PCF

Subordonner la notion de « classes populaire » à celle de « classes"
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Il y a plusieurs registres possibles pour décrire une société. Le 38e congrès ne doit pas seulement décrire la société mais choisir un point de vue. C’est-à-dire choisir de réfléchir en théorie afin de mieux penser son action politique concrète. La Trame d’introduction aux débats 2/02/2018 montre que nous avons bien du mal à progresser dans le débat sur une question centrale : Que faire de cette notion de classes populaires ? Est-ce un objet théorique ou pas ? Cette trame note que « 70% des catégories aisées (CSP+) considèrent que le communisme est « ancien » et « dépassé », mais cette opinion n’est partagée que par 52% des catégories populaires, employé·e·s et ouvrier·e·s ». Ces CSP sont des catégories statistiques de l’Insee. Elles dénotent un certain regard de la société sur elle-même. A ce titre, elles sont subordonnées à une certaine philosophe (cf. Gramsci). Par exemple, l’Insee ne propose par une catégorie « capitaliste » ... Cela rappelé, ces statistiques en disent long sur l’enjeu central du rassemblement conçu en termes de couches de la société, en l’occurrence un mélange de couches de « pourvoir d’achat », de « couches culturelles » et de classifications professionnelles. Nous débouchons directement sur un immense problème de rassemblement. A travers la notion de « catégories aisées », n’exclue-t-on pas des prolétaires ? Sans compter quelques vrais « bourgeois ou intellectuels » prêts à assumer Engels (Capitaliste toute sa vie) et Marx (Intellectuel académique bourgeois toute sa vie). En définitive, s’agit-il avec la notion de « classes populaires » de proposer un nouvel élan prolétarien immensément réducteur, un communisme paternaliste utile aux seuls pauvres du pouvoir d’achat, de la culture etc. ? Ce qui d’ailleurs est très réducteur de ce qu’ils sont ! Les propos de l’historienne Mathilde Larrère dans l’Humanité du 2 Février 2018 sont donc intéressants à noter. Dans toute révolution, il y a un « un moment de fusion des classes et d’union des projets politiques [...] dans le désir de renversement du pouvoir ». Puis cela acquis, « un groupe social, un des projets politique l’emporte sur les autres, l’alliance explose, et ceux qui sont mis à l’écart ont le sensation (justifiée) de s’être fait voler leur révolution ». A ce titre, elle met en garde contre une certaine conception du rassemblement des 99% contre le 1% : « On revient [...] en arrière. On renoue avec des lectures de la révolution française qui noyaient le mouvement ouvrier sans un vaste mouvement populaire, citoyen, plus vaste et justement alors construit pour vider de sa substance le mouvement ouvrier en train de se construire. ». Je crois qu’il faut nous préparer à affronter la même situation, nonobstant que le concept « ouvrier » qu’elle utilise est daté. Il nous faut considérer le concept de prolétariat. Prolétariat au sens de la classe qu'incarne le « travailleur collectif productif » de Marx. Collectif et productif doivent ici être compris comme des concepts portant sur l’état réel du monde, pas sur une idée préconçue, construite par le haut. En l’occurrence, Marx regarde la division sociale du travail. Chacun fait un travail parcellisé dont la finalité ne se mesure qu’à l’aune du travail d’ensemble. C’est le travail concret qui forge la conscience de chacun, des consciences collectives. Marx regarde aussi la finalité du mode de production du capital : produire du capital producteur de capital à partir du travail exploité. C’est le travail abstrait qui lui aussi forge la conscience de chacun, ses consciences collectives. Le travail politique communiste doit couvrir les deux champs ! Le défi des communistes est de faire cesser la stupide opposition entre l'esprit et la matière, l'homme et la nature, l'âme et le corps. (Engels !). Parce que le capital ne cesse effectivement de faire douter de lui, il faut nous inscrire dans tous les combats progressistes tout en armant politiquement et idéologiquement les prolétaires afin qu’ils soient le moins possible, et si possible pas du tout, privés de leur révolution. Cessons d’instrumentaliser le rassemblement contre la lutte des classes. Le besoin d’être dans les luttes ou à leur initiative ne doit pas empêcher de réfléchir en théorie. Subordonnons la notion de classes populaires au concept de classes. Faisons du 38è congrès, un moment de théorie politique, un moment de formation de l’intellectuel communiste. Un moment où chaque communiste apprend à articuler sa conscience de son vécu à sa capacité de penser le monde.

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