La révolution numérique - Congrès PCF

La révolution numérique : pour qui et pour quoi ?
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La révolution numérique : pour qui et pour quoi ?

 

Pourquoi parler de la révolution informationnelle, la révolution numérique, …

Faut-il encore avoir quelque chose à dire sur le sujet et ce n’est pas aussi simple qu’il y paraît car ce celui-ci fait forcément appel à des connaissances que peu de monde maîtrise dans les faits. L’on peut se dire que la révolution informationnelle, venant suppléer le cerveau, est à l’image de la révolution industrielle qui suppléait aux capacités physiques des ouvriers,… pour faire court. Les progrès scientifiques et techniques autorisent, aujourd’hui de conduire en se fiant au GPS, de déclencher le chauffage de la maison à distance…Mais derrière cela, qui est à la commande ? Cette approche est importante parce qu’elle contribue à démythifier ce qui semble une force contre laquelle on ne peut pas grand-chose.

 

Une autre approche pourrait voir le jour, qui consiste à traiter le sujet à partir… de la lutte des classes: rappelons-nous que les ouvriers s’en prenaient aux machines qui les condamnaient au chômage et à la misère lors de la révolution industrielle ! Aujourd’hui, un siècle plus tard et quelques paliers plus hauts, l’informatique engendre les mêmes ressentis quand bien même les causes profondes du chômage soient nettement mieux connues.

 

Parler de la révolution numérique, c’est d’abord et avant tout, se poser la question de son objectif au regard du développement de la société et en retour comment l’individu et le collectif perçoivent ce progrès qui n’en est pas forcément un quand il remplit les fonctions de contrôle des individus, de police de la pensée, la mise en œillères mathématiques (à la façon des chevaux) du quotidien… C’est par exemple la dématérialisation des démarches administratives qui « facilitent » le quotidien tout en déshumanisant les relations, créant de véritables problématiques de compréhension face à un ordinateur dont on ne maîtrise pas le fonctionnement et encore moins le langage employé.

 

Donc, si la révolution numérique renvoie à la notion de progrès, reste à savoir pour qui ? Pour les producteurs associés du monde du travail ou...encore une fois pour...le profit, pour le capital qui exploite les innovations dans son seul intérêt ? Peut-être, que sur cette base, on n’a pas vraiment envie de discuter du bout de gras et pourtant...

 

Pour que tout à chacun(e) puisse s’intéresser et s’approprier cette révolution scientifique et technique, il serait judicieux, dans un premier temps, de se poser la problématique d’un outil informatique en langue française, ce qui, j’en suis sûr, produirait un élan positif important car il deviendrait un outil compréhensible et avec lequel on serait en mesure de « converser », ce qui n’est pas le cas puisque seul(e)s les britishs s’en sortent correctement. Quand on fait l’effort de télécharger un logiciel qui est susceptible de nous apporter des solutions et que celui-ci nous arrive en anglais, il est clair que « le rapport à l’ordinateur » en prend un coup !

 

Là, nous touchons aux connaissances qui induisent un pouvoir sans partage (je peux en parler ainsi pour l’avoir vécu) et qui dit domination, dit autocratie, y compris dans les organisations dites de culture ouvrière…

Cette révolution qui nous autorise à voyager de l’infiniment petit à l’infiniment grand, à effectuer des prouesses inimaginables en matière de santé, de recherche environnementale,  à produire des sauts qualitatifs dans les connaissances,… voilà ce à quoi devrait s’intéresser le congrès qui combattra tous les aspects de contrôles et d’aliénation des individus et des collectifs.

 

Car non seulement le combat doit être mené contre les gafam mais aussi pour une maîtrise humaine de ces outils que certains voudraient construire dans le sens d’un transhumanisme , objectif absurde et dangereux pour la survie -même de l’homme en tant que tel !, cette « religion » prônant ni plus moins que l’arrivée de l’homme « posthumain », doté de capacités « dopantes ».

Et que dire alors de l’intelligence artificielle ? Celle-ci n’est « intelligente » qu’en fonction de celle qui la sous-tend, à savoir celle de l’homme ; les tenants des neuro-sciences qui s’en servent pour manipuler les citoyens sont disqualifiés. Les programmes scolaires, les conceptions dites modernes de l’éducation, les formations à la conduite du changement dans les entreprises et services publics, les bilans dits de compétences, les savoir- faire et savoir être sont autant d’avatars avariés de cette pseudo-avancée scientifique dont les militant(e)s communistes doivent se prémunir sous peine d’être absorbé(e)s par le monstre technocratique en construction dans les laboratoires think- tank du capital.

Quand le bien- pensant bourgeois et président de l’Etat français considère que la révolution numérique est le « cœur du réacteur » de la transformation sociale et sociétale, il y a de quoi être interpellé et inquiet face au mépris du peuple par ceux-là même qui devraient, soi-disant, être garants des équilibres dans le sens de l’intérêt général et non de la caste bourgeoise !

 

Dématérialiser les procédures conduit à substituer la connexion à la nécessaire proximité, autrement dit, on se dirige tout droit, si on n’y prend garde, à la déshumanisation. Alors que l’homme est, par essence, grégaire et se construit, se développe au contact de la nature et des siens, la mode imposée confine à l’isolement progressif ! il suffit d’observer les porteurs d’oreillettes de la communication des apôtres Apple et Microsoft.

Casser les liens sociaux, un rêve fortement caressé par le capital qui mise sur les plates-formes privées dans tous les secteurs, y compris régaliens comme la justice ! Il est vrai que les tenants de l’ordre établi n’ont que faire de la …piétaille !!!

 

Ne nous y trompons pas : le numérique, aussi performant soit-il, n’est qu’un outil qui permet d’automatiser des tâches répétitives mais n’a aucune vocation à se substituer à l’essence même de l’humanité, à savoir les rapports sociaux et le développement de l’humanitude. ATTENTION à ne pas transformer les humains en dossier anonymes traités à la chaîne automate !

 

La révolution numérique n’est pas et ne sera pas une révolution sociale mais une révolution dans les sciences et techniques d’origine humaine, au service de l’homme. C’est pourquoi, le congrès ne doit en aucun s’aliéner sur le  réseau social PCF 2.0 mais produire une réflexion où l’homme est la mesure du fait, et agir afin que personne ne reste au bord de la route. Et pour cela, lancer un travail d’appropriation de l’outil numérique à partir de la langue nationale : il n’y a aucune raison pour que le british soit le référent ultime informatique. La contribution d’Aline Béziat se situe vraiment dans la bonne direction.

 

Stoppons net Microsoft et Apple, puis tournons-nous vers le libre et les moteurs de recherche type Qwant  qui laissent l’entière liberté de l’internaute, lequel est non tracé, non catégorisé, non fiché et est en mesure de contribuer à l’enrichissement des développements des systèmes….

 

Puisque le PCF souhaite développer le 2.0, quittons la plate-forme américaine National builder et construisons une plate-forme française à la philosophie de partage et de sauvegarde de la liberté individuelle.

 

Qui dit révolution numérique dit également révolution robotique, laquelle engendre une souffrance croissante en raison de l’inquiétude justifiée par l’exploitation capitaliste qui en est le fil conducteur : le sentiment d’inutilité, de dignité perdue par l’arrivée d’automates, la disparition de du travail-source de vie, et … entre autre, du salaire. Certains préconiseraient volontiers le revenu universel, d’autres, le salaire à vie puis d’autres la Sécurité emploi formation…Cela commence à faire beaucoup !

Ne vaudrait-il pas mieux se préoccuper de la révolution du mode de production capitaliste en vue de son abolition et de la construction de la société socialiste où les problématiques des NTIC seraient le fait d’une approche nettement plus rationnelle dans le cadre d’un développement dialectique homme/nature au sens supérieur du terme ? Que le robot soit conçu pour peindre les voitures, tant mieux ; pendant ce temps, le peintre humain se forme à la maintenance du robot dont il est le maître, et non l’inverse, par exemple

Et cela n’interdira pas le peintre de pouvoir répondre financièrement à ses besoins et ceux de son foyer car l’essence capitaliste sera éliminée au fur et à mesure de la construction de la société socialiste.

Bon, d’accord, on a le droit de rêver mais n’est-ce pas vers cela que devrait tendre le combat du parti communiste français ? Une vie active et reposante, où l’émancipation dans le travail contribuerait à l’épanouissement indivduel et collectif.

 

Même si, il en est qui voient l’évolution de l’homo sapiens en homo digitalis, il est non moins vrai que le pas à franchir est encore d’ une grande distance car pour qu’il en soit ainsi, dans le cadre de la préservation de l’humanité  (l’humain ne se transformera pas en humanoïde souhaité, entre autres, par les tenants du trans-humanisme), le chemin à parcourir passe immanquablement par la révolution socialiste sous peine de sombrer dans la dictature bestiale du film « vendetta ».

 

NON, nous ne sommes pas, contraire aux idées que des pseudo-scientifiques répandent, proches d’être augmentés et de plus en plus indépendants de nos déterminants biologiques ; une chose est de concevoir un moyen terme algorithmique homme/machine, une autre est de voir la fusion de l’homme dans la machine ou l’immersion de la machine dans l’homme. Par contre, rien n’empêche de concevoir le développement de la société dans un nouveau rapport homme /nature où l’homme reprend le chemin de l’osmose avec la nature, le couple retrouvé s’offrant un futur harmonieux…

 

Les commentaires

  • a commenté 2018-02-19 12:58:47 +0100
    L’usage social qui est fait de la machine par le capital a été décrit par Marx regardant le rouet de son époque. Les machines modernes ne changent en rien ses conclusions. Je suis donc d’accord. Effectivement la lutte des classes demeure au sens du manifeste.

    La révolution industrielle du XIXe a d’abord avant tout ajouté de la puissance au travail humain, et notamment au travail physique et elle fut impulsée par le capital.
    La révolution technologique en cours est une fois encore largement impulsée par le capital : soit. Mais quelle est la nature de ces machines ? Sont-elles de même nature que la machine du XIXe ? Quelle puissance ajoute-t-elle au travail humain, donc à l’homme au-delà du travail ?

    Je ne parle pas ici d’une perspectives de fabriquer des hommes cyborg ou des créatures mécaniques supplantant l’homme et donc le règne du vivant ! Mais je ne veux pas plus réduire l’enjeu de la lutte politique, ni au seul rapport hommes/nature sur la seule base d’une menace tellement grande qu’il faudrait une union sacrée écrasant de fait la confrontation sur les projets politiques; Ni la seule incontournable et émancipatrice réduction du temps de travail.

    Ci-après les liens vers deux textes anciens (1967 et 1959). Ils examinent la problématique de notre révolution technologique selon des termes finalement très modernes alors qu’elle était à peine modélisée scientifiquement et à peine émergente au plan technologique.
    “Les machines à penser et la pensée”
    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58366903/f63.item “La cybernétique, vue par un philosophe russe”

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58162868/f16.item

    la réflexion fut prolongées par la suite, par exemple dans un livre tchèque: “la civilisation au carrefour”. (1967). Le plus surprenant est que nous semblons ignorer ces premières et fondatrices réflexions. Et donc que nous ne les ré-interrogeons pas!

    la problématique posée par ces textes est celle d’un prolongement des capacités humaines par une certaine mécanisation technologique qui prolongera les capacités humaines d’intelligence (rationnelles et empiriques). Comme l’outil et la machine industrielle prolongent la main et subliment sa force avec des manières qui n’ont souvent rien à voir avec celle-ci.

    Les travaux actuels ouvrent la voix à des machines “apprenantes” (à jouer, à marcher etc…), donc des machines que l’homme fait empirique à dessein, à son image et qui parviennent à répondre à ce qu’il attend d’elles sans les avoir expressément programmée. la reconnaissance des images suit cette stratégie. On ne sait toujours pas quelles sont “les lois” de la vision de notre cerveau et notamment la capacité empirique à classer par catégories et concepts les objets de notre monde… Et alors ? Le forgeron a forgé de l’acier durant quelques siècles sans rien connaitre de l’atome de carbone. Ne pas savoir n’interdit pas d’apprendre à faire et même à réussir sans savoir les vraies lois.
    Plus généralement c’est la propriété propre de toute forme du vivant que de s’adapter empiriquement en tirant parti d’elle même et de son rapport à l’environnement… En dernier ressort, la survie de l’espèce et son évolution sont la mémoire vivante de l’efficacité du processus.
    .
    Nous ne sommes donc plus devant une classique machine outil faites déterministe par les lois s de la physique connues de l’homme. Nous ne sommes plus devant une calculatrice dont on sait comment elle calcule et donc pourquoi elle le fait mieux que nous.

    Nous commençons à fabriquer des machines à l’empirisme mécanique qui feront “mieux” que notre empirisme naturel apprenant. Sinon, nous ne les fabriquerons pas…
    Une chose est sûre. Dans le capital, cela signifie une mise en opposition radicale des forces productives humaines et des capacités humaines de travail d’adaptation, d’apprentissage etc.
    Mais pour les hommes qui vont pouvoir objectivement prolonger leur propre empirisme naturel, que peut-on dire ? Quel “programme” communiste du XXIe faut-il commencer à penser ?

    Les joueurs de Go ont beaucoup appris de la défaite de leurs meilleurs joueurs contre la machine! Ils avaient des règles historiques qui déconseillaient absolument certains coups. La machine les a joués et a gagné. Finalement, les joueurs de Go osent aujourd’hui jouer autrement les uns contre les autres. Cette défaite des hommes leur à donner de nouvelles motivations à jouer…

    Ne nous occupons pas seulement de faire la révolution! Préparons-nous aussi à gouverner, donc à ouvrir en grand le débat sur le contenu émancipateur des forces productives modernes, pas du seul point de vue d’un contrôle ou appropriation de la donnée.
    La donnée est seulement l’un des deux* combustibles-carburants de ces étonnantes machines comme l’essence est le combustible- carburant pour le moteur à explosion, ou le bois et l’eau le sont pour les machines à vapeur.
    • le second de ces machines modernes est l’électricité et ce problème n’est pas trivial…
  • a pris position important 2018-02-19 12:58:47 +0100