Écologie, enjeux de classe et projet communiste - Congrès PCF

Compteur Linky: un combat à réorienter
Contributeurs :

Voici un cas d'espèce où notre parti se trouve mis en porte à faux, parce que nombre de camarades et même d'élus de notre parti ont pris la remorque d'associations, très souvent autoproclamées expertes sur tel ou tel sujet, sans chercher à construire nationalement une position commune au sein même du parti. On voit là la conséquence des luttes locales face à une multitude de projets résultant du laisser-faire libéral qui entraine les populations à s'opposer à tout projet d'ampleur, de périmètre national. Et à jeter au passage le bébé avec l'eau du bain, à savoir une entreprise et ses salariés sans remettre en cause dans les faits les choix de gestion capitalistes exercés par les dirigeants sous l'impulsion des actionnaires. Le combat contre le compteur Linky comporte plusieurs facettes dont certaines sont réellement justifiées et d'autres totalement erronées: c'est pourquoi il faudrait rapidement transformer cette opposition en la promotion d'un autre compteur Linky. En somme, il est urgent de redonner de la raison à cette lutte qui prend en certains endroits une certaine forme d'hystérisation. Les risques sanitaires du Linky, avec l'usage du CPL qui est une technologie filaire de communication permettant de gérer le compteur à distance, ne sont pas plus importants que ceux de l'ancien compteur: si des cas très ponctuels d'indisposition existent, il faut les étudier de près alors que nous vivons dans un environnement électro-magnétique naturel (venant du soleil) et artificiel (toutes les ondes radio de communication TSF, TNT, WiFi, DECT, Téléphonie Mobile, Télécommandes diverses comme pour le relevé des compteurs d'eau, ...). A noter qu'aucune personne ne s'est jamais plainte des pissettes de la technologie xDSL utilisée sur les lignes téléphoniques pour nous donner accès en haut débit à Internet! Si la gestion à distance va entraîner la suppression des emplois de releveurs -un métier pas très motivant et largement sous-traité par les entreprises de distribution d'électricité, de gaz et d'eau- ce ne sera pas en totalité car pour l'instant les compteurs d'eau et de gaz nécessitent toujours un passage physique à l'habitation consommatrice (chez moi, le même releveur intervient pour le gaz et l'électricité). Ce qu'il faut donc étudier, c'est la reconversion des personnels touchés, avec aussi le recours à la réduction du temps de travail. Au lieu d'un relevé bimestriel, le compteur Linky permet d'avoir un relevé journalier qui est enregistré dans les bases de données d'ENEDIS, le distributeur d'électricité. Rappelons qu'un transformateur électrique de moyenne vers basse tension rayonne en général sur un cercle d'habitations d'un rayon de quelques 600 m, permettant déjà à ENEDIS de faire un relevé précis et régulier pour l'ilôt concerné. Car il y a des besoins collectifs à satisfaire, et ce d'autant plus que nombre d'initiateurs du refus du Linky sont aussi des fervents partisans de la sortie du nucléaire et du 100% renouvelable dont les intermittences de production nécessiteront d'adapter constamment la consommation pour conserver l'équilibre du réseau et ne pas entrainer son black out. Pouvoir momentanément réduire en temps réel le niveau de possibilité de consommation sans le ramener à zéro, comme on le voit dans les pays peu développés où les quartiers populaires sont privés d'électricité en cas de pénurie de la production est un progrès non négligeable. Par contre, il faut effectivement s'opposer à la coupure à distance en cas d'impayé et définir un minimum garanti dans ce cas pour les foyers en difficulté, selon l'habitation qu'ils occupent (ex: chauffage électrique ou non). Cela ne doit arriver qu'après une décision de justice clairement notifiée aux intéressés. Il faut exiger que les fournisseurs de service électrique (EDF, Direct Energie, Engie, ...) ne disposent de la part d'ENEDIS comme avant que le niveau de consommation tous les 2 mois, sans aucun accès aux données plus fines que bien sûr ENEDIS ne doit pas non plus revendre. Pour les problèmes d'installation du compteur Linky, il faut exiger que les personnels soient formés et certifiés par ENEDIS et présentent leur carte d'habilitation aux habitants avant d'intervenir. La meilleure précision du compteur Linky parv rapport à son prédécesseur âgé de plus de 50 ans entraine plus facilement le disjonctage du compteur en cas de dépassement du niveau de consommation autorisé: il faut agir par exemple pour que le compteur Linky soit configuré pour permettre un dépassement de quelques pourcents de l'abonnement de l'habitation. Chaque foyer devra pouvoir disposer de ses données personnelles de consommation électrique auprès d'ENEDIS et devra être régulièrement informé des améliorations d'usage à opérer pour à la fois lisser et réduire sa consommation électrique: rappelons que l'arrivée des téléphones DECT, des téléphones mobiles, des box Internet fixe, des ordinateurs a entrainé une augmentation moyenne de près de 15%. Quid avec la venue des voitures électriques? Face à des problèmes, il importe bien de clairement les identifier et de leur trouver des solutions: tout le monde comprend qu'une bataille de pure opposition est très souvent perdue d'avance. Et c'est bien pourquoi nos adversaires ne cessent de chercher à faire croire avec l'aide des médias privés et publics que nous n'aurions aucune alternative et que nous serions coincés et attachés au statu-quo. Montrons leur que ce n'est jamais le cas!

Les commentaires

  • a commenté 2018-05-09 02:03:15 +0200
    Je partage globalement votre avis, à quelques détails près. Linky ouvre plusieurs débats qu’il faudra prendre un par un : Premièrement, existe-t-il un risque sanitaire. Deuxièmement, est-ce que les données collectées sont strictement nécessaires et suffisantes pour permettre à Enedis de faire son travail et est-ce qu’il y a des garanties de confidentialité suffisantes. Troisièmement, est-ce que cela transforme notre manière de consommer de l’électricité (classes tarifaires, coupures à distance…). Autant le point 1 ne m’inquiète pas, autant les deux derniers me posent question.

    Malheureusement, le débat est vampirisé par des arrières pensées, notamment toujours l’éternelle obsession du “gros contre le petit” : Ici, le “gros méchant groupe EDF” contre les “petits usagers”. Avec des responsables politiques, qui ont pourtant soutenu le déploiement des compteurs communicants, et à l’Union Européenne, et dans la loi Française. Ces mêmes qui refusent de faire le service après vente aujourd’hui.

    Enfin, et vous avez raison de le souligner, la question des personnels. Mais c’est le débat finalement assez “classique” , qui n’est pas exclusif à Linky et qui devrait faire l’objet d’un traitement à part entière : Comment traite-t-on les gains de productivité issus des technologies ?

    Soit-dit en passant, sur Linky, ça ouvre d’autres questions d’ordre technique, car automatiser revient à considérer que le rôle du technicien ne consistait qu’en 4 tâches : Mettre en service, mettre hors service, régler un disjoncteur, et relever un compteur. Alors que si on regarde bien, son travail consistait à plein d’autres choses, mais pas très “bankable” (s’assurer qu’une installation peut être remise en service en toute sécurité, notamment).
  • a pris position favorable 2018-05-09 02:03:15 +0200
  • a publié dans Écologie, enjeux de classe et projet communiste 2018-05-07 09:10:24 +0200