La révolution numérique - Congrès PCF

Collectif de travail et numérique
Contributeurs :

Le développement industriel initial a mis en place des collectifs de travail avec indirectement la mise en place d’une distinction claire de la hiérarchie. Pour caricaturer un peu il y avait d’un côté les ouvriers producteurs de la plus-value des marchandises et d’un autre côté le contremaître et la hiérarchie qui était là pour contrôler la juste qualité et la quantité de travail produit par les ouvriers.


Le numérique a permis de développer un travail de plus en plus intelligent et a de fait réduit le nombre d’ouvrier. Dans un premier temps on pourrait dire en permettant un travail plus intelligent avec entre autre la R&D (Recherche et Développement).


La révolution numérique a permis de rendre de moins en moins visible les ouvriers et d’effacer, au moins théoriquement, les hiérarchies. Jusqu’en 1968 l’ouvrier pouvait se révolter contre sa hiérarchie clairement identifiée. Le patronnât a mis en place de nombreuses techniques pour rendre impalpable, invisible l’exploiteur et ceux qui participent à l’exploitation.


Le numérique est un facteur qui joue de façon importante dans l’organisation du travail. Dans la R&D le numérique est un outil qui permet de solutionner des problèmes complexes. On créé des logiciels et des robots qui permettront de faire un travail soit complexe soit répétitif soit pouvant atteindre la santé (fatigue, manipulation de produits dangereux...).


Les salariés du numérique se retrouvent souvent seul face à leur ordinateur. Ils doivent réaliser des métriques ou les remplir. Il s’agit là d’outils, informatique, permettant de mieux aliénés les salariés.


Les salariés participent d’eux même à la réalisation de ces «métriques», qui mesurent leur productivité, et la qualité qu’ils produisent. Les salariés participent à des «reportings» pour expliquer les résultats obtenus et ces métriques.


Il s’agit là de méthode schizophrénique : le salarié réalise les outils pour montrer sa bonne ou mauvaise production et dans le même temps le salarié ne produit pas ce qu’il devrait produire. Il s’agirait de « donner des moyens pour pouvoir mieux prédire le temps de réalisation pour un prochain projet ». L’idée semble vertueuse, il s’agirait d’être prédictif pour, éventuellement, ne pas subir de pression dans de prochains développements.


Mais très souvent le travail avec le numérique fait appel à un travail complexe nécessitant l’intelligence humaine. Et, face à la complexité des projets, ces métriques montrent très souvent que le temps prévu n’était pas les bons et que donc ces métriques n’étaient pas ceux qui auraient pu montrer le temps nécessaire à la réalisation du travail. Il faut donc trouver de nouveaux métriques...


Au regard de la complexité, il faut bien comprendre que chacune de réalisation complexe a ses propres spécificités qui font qu’il s’agit de cas particulier et engendre des problèmes à résoudre qui n’étaient pas initialement prévu et donc qui ne pouvaient pas être pris en compte par de précédent métrique. Le temps de résolution d’une réalisation complexe est, par nature, difficilement prédictible.


Le salarié dans cette situation ne peut que se sentir coupable : il n’a pas trouvé les bons outils de mesure et ne sait pas faire le travail comme il faut. Cela l’amène à tricher et toute la chaîne de la hiérarchie (qui existe tout de même) triche à ceux à qui ces numériques, ces reportings doivent être donnés.


Face à qui ces salariés peuvent-ils se révolter ? Ils sont leur propre exploiteur seul face à la machine. En ce sens le capitalisme marque des points, il nous faut ici trouver d’autres solutions.


Comme les salariés pouvaient se rendre compte de cette situation et s’en révolter, de nouvelles méthodes de travail et de management ont été mise en place. Il s’agirait de travail collaboratif, avec le «Lean Management» et les méthodes «Agiles». Les salariés sont mêmes regroupés dans « des espaces de travail collaboratif », des «open space», des «multi-space»...


Sans rentrer ici dans le détail, ces méthodes ont l’intelligence de parler à notre affecte: les salariés pourraient s’entre-aider, résoudre les problèmes ensembles...


Dans les faits il s’agit, sans doute là, de nouvelles formes d’exploitation. Ce n’est plus le salarié qui s’auto-exploite comme cela a été décrit précédemment mais de fait le groupe qui l’exploite et lui met la pression mais il fait parti du groupe et participe donc aussi à l’exploitation de son propre collègue.


Dans le cadre même du développement de logiciel libre, la question du collectif de travail est importante. C’est souvent de fait celle du travailleur isolé. Cest sans doute celle qui se développera par le télétravail. La question est donc de trouver des moyens pour améliorer le travail en relation avec les autres pour éviter de se retrouver isolé face à de nouvelles exploitations qui pourraient bien se développer.


Dans la production on retrouve aussi des formes d’exploitation plus anciennes mais en même temps qui se veulent modernes. Ici aussi on retrouve ces nouvelles formes de management tel le « Lean Management ». Il s’agit d’optimiser le travail, la place de travail et de dégraisser des activités superflues. Il ne faut pas aller chercher ses outils, les temps de pause ne devraient plus être nécessaires.


Les salariés d’Amazon ou ces salariés des super-marchés qui préparent les courses pour les drives, sont aiguillés par de nouveaux outils numériques. Le documentaire Cash Investigation sur ces salariés a bien montré ces situations. Elles aliènent de fait les salariés les rendant un peu plus des robots où toutes formes d’intelligence est en fait une forme de rébellion. Est-ce que « les temps modernes » de Chaplin ne sont malheureusement toujours pas d’actualité ? Est-ce cela la modernité qu’apporte le numérique ?


Le numérique apporte aussi de nouvelle forme d’exploitation. Les auto-entrepreneurs que sont les chauffeurs Uber, de Deliveroo et consort, montrent de nouvelles formes d’auto-exploitation. Le donneur d’ordre est le client mais l’exploitant est celui qui « donne » du service avec ces plateformes. Les plateformes ont très peu de salariés. Il y a donc ici une autre forme de relation de subordination et d’exploitation.


Pour autant, si le tableau décrit ici semble bien noir, le numérique peut aussi permettre des évolutions de société profitables à tous. Le numérique ne remplacera certainement pas l’être humain, il peut nous aider mais c’est bien nous qui décidons de ce qu’il doit faire et peut faire, même en développant l’intelligence artificielle.


Sortant de la pensée capitaliste, le numérique permet de réduire le temps de travail en le partageant. Il peut être une aide précieuse pour faire un travail faisant appel à l’intelligence humaine et éliminer le travail routinier et fatiguant. Vu ainsi il peut être un outil d’émancipation, collaboratif de partage où ses développeurs travaillent main dans la main avec les utilisateurs. Il peut changer positivement le collectif de travail mais pour cela il faut se décider à changer de société et sortir du capitalisme.

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