Notre démarche stratégique de transformation et de rassemblement, sur la base d'un bilan de la période écoulée et des enjeux de la période nouvelle - Congrès PCF

Capital, Travail, Langage.
Contributeurs :

A. ) Comment comprendre l’absence, dans le hors-série de l’HD qui rend compte du forum organisé par l’Huma. « Marx le coup de jeune, du débat très attendu entre B. Friot et F. Boccara ? On trouve un article de F. Boccara l’idée que le capital « est une valeur qui se met en valeur » devant quoi je dis «  le travail peut produire de la valeur sans le capital, mais le capital ne peut pas produire de la valeur sans le travail. Il y a du travail qui ne valorise aucun capital, mais le capital ne s’auto-valorise pas, (sauf à admettre que le boursicotage participe de la production des moyens de subsistance de l’être humain). » B. ) J’ai du mal avec cette façon d’intervenir dans la préparation du Congrès, comme si une discussion était une somme d’opinions (Cela m’évoque un peu la concertation du gouvernement avec les syndicats, sans négociation). Cependant l’existence du chantier : « Notre démarche stratégique de transformation et de rassemblement, sur la base d'un bilan de la période écoulée et des enjeux de la période nouvelle » est tellement prometteuse, que je voudrais contribuer, avec ces deux textes déjà publiés ailleurs mais qui se veulent en cohérence avec les arguments de B. Friot. A bien y réfléchir, le capital ne serait-il pas qu’un accessoire historique de « la production de nos moyens d’existence » ? Au commencement est le travail, pas le capital. - 1 - « Les conceptions théoriques des communistes ne reposent nullement sur des idées, des principes inventés ou découverts par tel ou tel réformateur du monde. Elles ne sont que l'expression générale des conditions réelles d'une lutte de classes existante, d'un mouvement historique qui s'opère sous nos yeux. (…) Ce qui caractérise le communisme, ce n'est pas l'abolition de la propriété en général, mais l'abolition de la propriété bourgeoise (…) la plus parfaite expression du mode de production et d'appropriation basé sur des antagonismes de classes, sur l'exploitation des uns par les autres. » (Du Manifeste communiste de 1848) Des citations de quelques lignes du Manifeste ne devraient-elles pas davantage être enrôlées pour souligner aux proies de l’anticommunisme que, par exemple, le culte de la personnalité est né de l’histoire mais aucunement des conceptions théoriques des communistes ? Puisque ces conceptions « ne reposent nullement sur des idées, des principes inventés ou découverts par tel ou tel réformateur du monde », lorsque de dits « réformateurs du monde » viennent à faire l’objet d’un culte, il n’y a rien de communiste la-dedans ! Cela porterait plutôt l’empreinte des règnes monarchiques de droit divin, religieusement adoubés, dans l’empire tsariste ou ailleurs, non ? On peut aussi relire le Manifeste en en rapprochant notre initiative de lancer « les Etats Généraux du progrès social », qui doivent organiser « cinq chantiers : travail & emploi, industrie, services publics, logement, utilisation de l’argent ». Ne peut-on alors regretter que les liens entre ces choix de chantiers, un à un ou ensemble, et « ce qui caractérise le communisme » ne s’avèrent pas très explicites ? Comment comprenons-nous que ces chantiers feront progresser « ce qui caractérise le communisme », c’est-à-dire « l’abolition de la propriété bourgeoise » ? Comment comptons-nous qu’ils pourraient renforcer les prémices « de l’institution communiste du travail » ? Ces prémices, De Gaulle en janvier 1946 n’en accepta pas la perspective, il démissionna. Elles résistent et durent malgré les multiples réformes contre-révolutionnaires ; celles-ci, efficacement cadrées par la Constitution de 1958, sont systématisées par tous les gouvernements depuis trois décennies, à la faveur de l’affaiblissement du Parti Communiste et de celui de la conscience de classe chez les salariés. Il reste qu’avec « les rapports bourgeois de production et de circulation, les rapports bourgeois de propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et de circulation, ressemble au sorcier qui ne sait plus dominer les puissances souterraines qu’il a invoquées ». Ceci explique que des juristes qui luttent pour la reconnaissance du « crime d’écocide » (marées noires, déforestations, assèchements, …) comme cinquième crime international, en arrivent à incriminer, à l’échelle mondiale, la propriété privée, à proposer que le lien humain/nature devienne de type usufruitier. (France-inter 14/12/17). Mais, en rester à dire « ensemble, partageons nos propositions pour une société plus juste », dope l’idée, fausse, que la société évolue sur projets, et concourt à la négligence du mouvement réel propre à redéfinir le travail et le salaire, à étendre la copropriété d’usage de l’outil de travail. - 2 - « Les oligarques ont eu des petites frayeurs à Davos en prenant conscience des contre-feux sociaux qui risquent de surgir du système obscène dont ils tiennent les manettes. » C’est vrai. Cependant cette phrase de l’édito de P. Le Hyaric dans le dernier H. D. m’évoque les écoles du Parti, où, par exemple au début des années 70 du siècle dernier, on apprenait q’un point de vue matérialiste amène à penser « que l’exploitation capitaliste n’est pas fondée d’abord sur la conscience et la volonté des hommes, qu’elle n’est pas une question de bonne ou mauvaise volonté du capitalisme individuel, mais qu’il faut en chercher la source dans l’organisation de la production et qu’elle ne peut être supprimée qu’en transformant le mode de production ». Evidemment, en ce demi-siècle les forces productives ont beaucoup évolué. Mais les rapports de production ? Qui possède les moyens de production, qui décide de ce qu’il faut produire, qui organise la circulation des marchandises ? C’est du dogmatisme ! C’est dépassé comme façon de s’exprimer ! Mais s’exclamer ainsi, c’est peut-être oublier ou ignorer que « le langage est la matrice et non l’outil de la pensée » (*) ? C’est bien pour ça que l’idéologie dominante est celle de la classe dominante, de la classe qui est à même de prendre le plus longuement et le plus souvent la parole. Pourquoi notre langage communiste s’est-il tant appauvri au cours du demi-siècle passé ? Peut-être que, sous les campagnes anti-communistes, violentes ou d’une doucereuse condescendance, nous n’avons plus su être différents ? Alors que, comme le remarquait R. Weyl lors d’un précédent Congrès, « autrefois le Parti était identifiable par le fait qu'il ne pensait pas comme les autres, (…), que l'on était en quête de ses analyses parce qu'elles étaient différentes ». Maintenant, il arrive même qu’à force d’être précautionneux, nos mots soient trompeurs. Par exemple, en parlant « d’une austérité appliquée sans discernement pour satisfaire des exigences comptables », ne laisse-t-on pas entendre, qu’appliquée avec discernement, l’austérité se justifierait ? Et puis, les exigences comptables, comment, avec quelles explications et par qui sont-elles posées ? Ne s’agit-il vraiment que de comptabilité ? Qu’y a-t-il à la base d’un recours à une interrogation étonnamment étonnée, du genre, « comment le groupe Carrefour, premier employeur privé de France, peut-il laisser sur le carreau près de 5000 employés dans le seul but de doper le cours de ses actions » ? Pourquoi faire comme si on ignorait à quoi se résume « le but suprême » du fonctionnement capitaliste ? Notre expression politique a tant perdu de sa richesse spécifique, que nous ne cherchons plus qu’à « consulter » la population sur ce que nous devons faire pour son bien, à discriminer entre les opinions sur notre « offre politique ». Des régressions qui expliquent peut-être aussi la propension de nos dirigeants à user (et abuser ?) des questionnaires statistiques. Notre Congrès ouvrira-t-il les vannes d’un retour à notre langage-et-pensée révolutionnaire ? (*) à retrouver dans : R. Gori et P. Le Coz, L’empire des coachs. Une nouvelle forme de contrôle social. Avec enthousiasme, conviction et espoir, Françoise Savioz (cellule Aragon, La Reynerie, section du Mirail à TOULOUSE

Les commentaires

  • a commenté 2018-03-04 18:45:43 +0100
    #Françoise Savioz

    “on dit le communisme est le mouvement qui abolit … le monde”. Je n’avais pas avec moi le texte de l’idéologie allemande avec moi. Je pensai, à tort manifestement que cette approximation suffirait à comprendre l’esprit de mon propos. Quant au fait que très vite après on trouve le mot ouvrier à la suite, ça je peux te l’assurer même sans le texte sous les yeux. Mais bien entendu à chacun de vérifier et d’y réfléchir.

    Attention effectivement à ne pas sacraliser un B. Friot. Tu sembles assez sensible à ne pas la faire pour d’autres. Ca doit valoir pour lui.
    Faconde ? Qu’il soit un raconteur de grande qualité est indiscutable mais cela ne dit rien de la qualité de la construction et de la cohérence de sa pensée.

    Il est cependant assez clair qu’il propose de voir la production des conditions d’existence de l’humanité comme étant susceptibles de deux approches. Une par le capital, une autre par une classe dite salariale.

    je considère que le monde des homme est unique dans un espace historiquement donné, donc une seule théorie économique est possible. Par contre, il y a des intérêts différents. Je ne crois donc pas, par exemple qu’il y ait une valeur économique capitaliste, et une autre salariale. D’ailleurs le marché des marchandises règle vite la question… Je crois que ce problème ne doit pas être laissé pour mort.

    Moi j’aime bien Xénophon comme point de départ pour comprendre la division sociale du travail et l’usage du capital (les revenus) qui ouvre à la question de l’échange, donc à la problématique d’Aristote qui était bien conscient que la question de l’évaluation sociale de la valeur ne concernait que les marchandises en confrontation sur le marché.

    As-tu considéré que B. Friot propose au contraire d’escamoter cette limite posée par Aristote en affirmant que les retraités et les chômeurs sont payés pour leur travail, jusqu’à dire, là je cite: « Les fonctionnaires sont les producteurs de la monnaie qui les paie ». « Il ne sont pas les bénéficiaires d’un prélèvement obligatoire ».

    D’où ma proposition d’identifier ce qu’est un travail, une activité, un salaire, un traitement, une pension de retraite etc.. C’est une exigence minimum pour faire un peu de tri et avoir débat utile.
  • a commenté 2018-03-04 16:08:03 +0100
    Merci Francis
    je te rassure, j’ai bien en tête toutes tes remarques sur les mots valeurs et travail – je crois même que je pourrais rajouter quelques précisions – et je me préoccupe toujours du contexte de mes citations.
    Mais : “on dit le communisme est le mouvement qui abolit … le monde”, ça je n’ai jamais eu à le contextualiser, je ne l’ai jamais rencontré.
    Par contre je crois devoir t’inviter à peser la vacuité argumentaire d’une affirmation du genre : “De ce point de vue le discours et de B. Friot n’est pas à la hauteur de sa faconde”, la hauteur est une notion bien relative, et comme tu as l’intention de considérer les définitions d’un peu près, peux-tu réfléchir à ce pourrait être le dénominateur commun d’un discours et d’une faconde autorisant à les comparer ?
    A part tes problèmes d’appréciation des “hauteurs” de vue dans les contributions, les idées que tu peux y lire, t’en penses quoi ?
  • a commenté 2018-03-04 13:25:39 +0100
    Sur la mise en page, je ne sais pas! Par contre normalement, dans les commentaires les paragraphes sont préservés….
    Sur la contribution….

    Je me demande si il n’y a pas une immense confusion dans le terme valeur dans l’usage cette contribution et dans quelques autres d’ailleurs.

    Ce terme fait partie de ceux dont il faut se méfier avant de s’enflammer. Il renvoie en effet à deux notions en économie politique (valeur d’usage et valeur (qui s’exprime approximativement par le prix en argent). Mais si on demande à un philosophe, un moraliste, un physicien, on aura d’autres définitions…

    Quant au travail, tout effort peut être vu comme travail. Les physiciens en ont une. Le langage courant dit que lors d’un accouchement le travail commence etc.

    De ce point de vue le discours et de B. Friot n’est pas à la hauteur de sa faconde.

    Pour ma part, je classe ainsi un certain nombre de mots (ci dessous). Peut-etre que ma manière de catégoriser pourrait faciliter les échanges, avant que les uns et les autres proposent de trancher des questions dans un sens ou dans l’autre sans avoir pu comprendre les autres points de vue

    - Le travail est le temps payé ou pas, nécessaire à produire ses conditions d’existence.

    _ Gagner sa vie, c’est faire travail pour gagner l’argent qui permet d’accéder au marché des marchandises, bien et services qu’on ne produit pas par soi même, parce qu’on ne le peut pas ou qu’on ne le veut pas.

    - Le salaire est le prix d’un temps de travail payé consacré à gagner sa vie dans le privé, marchand ou pas en participant à la production de marchandises vouées à être mise en vente sur le marché.

    - Le traitement est le revenu accordé à un citoyen devenu fonctionnaire, n’ayant donc plus le temps de travailler à gagner sa vie comme les autres citoyens mais devant avoir les moyens d’accéder aux marchandises du marché

    - La pension de retraite ou le traitement maintenu du fonctionnaire est le prix gagné par les retraités à ne plus devoir travailler à gagner leur vie, aux termes d’une période de vie passée à le faire. Ainsi, ils accèdent aux marchandises

    - L’activité c’est le temps où un parent, une nounou, un jardinier d’une collectivité locale, ayant tous eut le temps de produire leurs conditions d’existence emmènent enfin chacun leur enfant à l’espace vert voir le travail payant d’un marionnettiste ou rendu gratuit par la municipalité, grâce à la contribution « taxe d’habitation » que veut supprimer Macron et que paient pour le moment le parent, la nounou, et le jardinier.

    - L’activité se poursuit après le spectacle quand le parent, la nounou, le jardinier emmènent chacun leur enfant chez leurs grands-parents en retraite qui ont eu le temps de préparer une bonne tarte aux fraises qui sera partagée et non-vendue, qu’ils aient dû acheter ou pas les ingrédients. A eux de dire si cela mérite reconnaissance au titre d’un travail, d’un bénévolat ou d’une activité ou d’autres chose.

    Quant aux citations, tout le problème est qu’il faut les arrêter à un moment ou un autre. Par exemple quand on dit le communisme est le mouvement qui abolit le monde, immédiatement, il faut intégrer que Marx prolonge sans aucune pause l’idée et définit la force qui assure ce mouvement: “l’ouvrier” inscrit dans le mode de production du capital (les prémisses dans lequel le mouvement se déploie).

    La remarque vaut sur les citations qui concernent la propriété: par exemple le manifeste considère que les communistes n’ont pas besoin de s’intéresser aux formes non-bourgeoise de propriété privée des moyens de production. Le capital s’en occupe. En les faisant disparaitre…
  • a commenté 2018-03-04 10:10:37 +0100
    Que me faudrait-il faire pour rétablir la présentation initiale ? Recommencer en prenant quelle(s) précaution(s) ?