Écologie, enjeux de classe et projet communiste - Congrès PCF

L'ENERGIE
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Contribution et suggestions sur la politique énergétique qui devrait être menée et celle qui est et sera menée : pas une étude exhaustive

Les commentaires

  • a commenté 2018-04-30 20:48:47 +0200
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    L’ÉNERGIE

    Introduction
    Parler de l’énergie relève actuellement d’un pari presque impossible (ou du moins audacieux), tant les enjeux sont complexes et contradictoires comme les enjeux de classe (en Afrique notamment), le projet communiste ne pouvant se concevoir qu’à l’échelle de l’Humanité tout entière. Pourtant, le sujet est brûlant d’actualité, polémique, politique, partagé entre rêves, utopies et réalités, entre souhaits et réalisations.
    Rappelons que le débat public sur l’énergie est engagé par le gouvernement jusqu’au mois de juin 2018, afin de renouveler la 2e PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie) pour dix ans, qui courra donc jusqu’à l’année 2028 (révisée tous les cinq ans), décidant de l’avenir de la politique énergétique de la France et des projets futurs (voir journal Alternatives économiques du 19 mars 2018).
    Une Politique énergétique pour la France
    Quand on voit sur les plateaux de télévision M. Hulot, ministre de l’Écologie, appeler, dans le cadre de la PPE, à réduire à 50 % la part d’énergie nucléaire, dans la production d’électricité (elle est à 75 %) ou d’énergie totale (mais là elle n’est que de 44 %), on a de quoi s’inquiéter, l’énergie nucléaire, bon marché, assurant pour le moment, l’indépendance énergétique de la France.
    Selon Amar Bellal (membre du CN), le gouvernement Jospin, dans les années 2000, avait donné des gages aux écologistes pour arrêter le réacteur de 3e génération Superphénix, alors que la France, encore grande puissance industrielle, avait de l’avance technologique et tous les atouts en main (ou nécessaires) pour produire ce réacteur : devra-t-elle, par manque de volonté politique, acheter ceux-ci à la Chine (qui peut en construire un en six mois) ou à la Russie ?
    Actuellement, avec le projet Astrid (Advanced Sodium Technological Reactor For Industrial Demonstration), nous en sommes à la 4e génération de réacteurs nucléaires, conçu et expérimenté au CEA (Commissariat à l’énergie atomique) de Cadarache (Bouches-du-Rhône). Et nous pensons très fort à Frédéric Jolliot Curie, physicien communiste, prix Nobel, et un des premiers directeurs du CEA. Mais sans volonté politique, le prototype (de 4e génération), qui est prêt, pourra-t-il être fabriqué en série ? Il ne faut pas se faire d’illusions (dans le domaine de l’énergie, il ne faut pas en avoir), l’énergie nucléaire continuera à être produite. Les trois énergies les moins polluantes en termes de CO2, sont l’énergie nucléaire, l’hydraulique et la géothermie (pour l’heure mal maîtrisée). Ces nouvelles générations de réacteurs nucléaires permettront dans l’avenir de résoudre le problème des déchets radioactifs. Puisque ils « brûleront » plus de minerai d’uranium enrichi en étant économes en déchets et un jour pourront réutiliser éventuellement les déchets.

    Mais les trois énergies qui polluent le plus, sont le pétrole, le gaz et surtout le charbon (voir revue Progressistes, no 15 de janvier-mars-avril 2017). Alors ne nous trompons pas de combat pour sauver la planète et l’Humanité. Mais il ne s’agit pas d’accuser les écolos d’être avec les lobbies pétroliers !.
    Grâce à son mix énergétique, la France, que certains discréditent trop souvent, est une bonne élève en Europe en termes d’émissions de CO2 par habitant et par an, qui restent raisonnables. Et ce n’est pas l’Allemagne qui doit être notre modèle, si souvent vanté car première puissance en Europe.
    Le taux de CO2 rejeté dans l’atmosphère est 2 fois moindre en France (4,8 t par an et par habitant) qu’en Allemagne (9,25 t par an et par habitant). En 2017, la France n’a produit que 1,7 % de son électricité avec le solaire contre 71,6 % avec le nucléaire.
    Les problèmes posés par l’Energie
    Pourtant l’Allemagne, comme l’Espagne ou le Danemark, ont beaucoup développé les énergies renouvelables, le solaire et l’éolien. Mais il faut le préciser qu’elles sont appelées aussi intermittentes car elles ne peuvent produire de l’énergie 24 heures sur 24. Le vent ne souffle souvent que 30 % du temps (jour et nuit). Mais l’Allemagne, dont les énergies renouvelables ne représentent que 15 % de sa production totale d’électricité, est un pays très pollueur car il a remplacé de l’énergie propre, nucléaire (sauf pour les déchets radioactifs), par des centrales à charbon extrêmement polluantes. Cela s’explique par le fait que l’Allemagne possède les plus grandes réserves de charbon en Europe, avec la Pologne.
    Autre pays très pollueur en CO2 dans le monde, la Chine, premier importateur de pétrole au monde, gros consommateur de charbon, a atteint avec trois ans d’avance, depuis 2005, l’objectif de la Cop 21, de réduction des gaz à effets de serre. Cela incite à penser que, même un pays capitaliste et socialiste à la fois, peut être un bon élève écologique.

    Le problème principal de l’énergie, dans l’avenir, sera le stockage de celle-ci, chose qu’on sait mal faire, même avec les batteries les plus performantes actuelles. Cela se pose avec encore plus d’acuité maintenant car on veut développer les énergies dites « renouvelables » puisque inépuisables ou à libre disposition mais qui ne peuvent être produites en continu, tout le temps (la nuit, le soleil ne brille pas). Donc pour les distribuer et pouvoir les consommer en permanence, il faut les stocker, et c’est là le problème car ce sont des énergies pour ainsi dire dématérialisées (avec des électrons), à la différence du pétrole, par exemple, qu’on peut stocker dans des cuves ou chez le pompiste sous forme d’essence.
    EDF (mais aussi ENGIE), vient de lancer son 2e plan « Stockage de l’énergie » en investissant 8 milliards d’euros jusqu’en 2035 (pour devenir le leader européen en la matière) qui permettront, nous l’espérons, d’inventer des batteries de plus en plus performantes. Il faut espérer dans les progrès scientifiques même si les sciences ne sont plus l’espoir qu’elles étaient avec leur essor au XIXe siècle.

    Car l’autre question posée, avec certaines personnes qui se réclament de vies alternatives à celles capitalistes et non écologiques – et Amar Bellal parle « d’autonomisation » énergétique – est qu’elles voudraient tirer à elles la production de solaire ou d’autres formes d’énergie en la produisant elles-mêmes et en en revendant le surplus à des opérateurs éventuellement privés, participant ainsi à l’individualisme et au libéralisme actuel du chacun pour soi : Amar Bellal nous parle de remise en cause, dans ce cas, de l’équité du service public de l’énergie conçu et géré par un opérateur public : tout le monde ayant droit à l’accès à l’énergie. Les expériences qu’il évoque se rencontrent à Copenhague ou à Frankfort, par exemple.

    Et dans certains pays africains, où l’électrification est un vrai enjeu (car pas réalisée sur tout le territoire : 50 % des habitants n’ont pas accès à l’électricité), des opérateurs privés sont sur la ligne de départ (il y a aussi Orange), l’énergie solaire nécessitant des investissements qui seront de plus en plus importants à mesure que les énergies renouvelables se développeront. Et ces investissements sont d’ores et déjà nécessaires, car ce n’est plus de l’avenir ni de science-fiction dont il faut parler mais d’aujourd’hui. Dans beaucoup de pays, émergents aussi, ces énergies se développent à vitesse grand V.
    Au Sénégal, (où la biomasse avec le chauffage au bois est importante et très polluant), par exemple, Sénélec, la compagnie d’électricité du pays, a déjà signé des contrats sous forme d’alliance avec des opérateurs comme Enedis et EDF.
    L’énergie solaire pourra être utilisée par ce pays, comme par d’autres, surtout dans les zones rurales, par exemple dans de petits villages où l’arrivée de l’électricité dans des « cases » moyennant l’installation de petits panneaux solaires sur leur toit constitue un véritable progrès : accès à la télévision et à d’autres commodités comme aux réfrigérateurs avec comme conséquence la conservation des aliments en vue d’un certain équilibre alimentaire (le problème de la chaîne du froid en Afrique pour conserver les médicaments à bonne température est récurrent). Mais dans les grandes villes africaines comptant des centaines de milliers, voire des millions d’habitants, il faut d’évidence, pour les éclairer, d’autres formes d’énergie que le solaire. Car la production de solaire est faible en gigawatts, même si elle va en s’améliorant et devrait être, selon certains spécialistes, aussi performante que les énergies fossiles.
    L’alliance solaire internationale
    Le 11 mars 2018, M. Macron, en visite officielle en Inde, a assisté au premier sommet de l’Alliance solaire internationale (ASI), en présence de 20 dirigeants de 3 continents Afrique, Asie et Océanie, alliance résultant d’une initiative franco-indienne datant de la Cop 21 (décembre 2015) ; elle a le statut d’organisation internationale depuis le 6 décembre 2017 ; laquelle prévoit de développer l’énergie solaire dans 121 pays se trouvant en zone tropicale, là où les rayons du soleil sont abondants, tombent pratiquement à la verticale et là où l’ensoleillement est de 300 jours par an en moyenne. La France qui a déjà investi, lors de la création de l’ASI, 300 millions d’euros, va tripler d’ici 2022 sa contribution de 700 millions d’euros supplémentaires pour atteindre le milliard d’euros, (l’engagement, avec d’autres pays, sera de 1000 milliards de dollars d’ici 2030 800 milliards d’euros), débloqué par l’Agence française de développement (AFD), pour des projets d’énergie solaire dans la soixantaine de pays déjà adhérents à l’initiative ; elle devra favoriser l’accès à l’énergie des pays les plus pauvres (essentiellement ceux du sud) et permettre à ces pays de prendre leur envol puis de voler seuls avec des investissements plus privés. L’Inde prévoit un plan de 100 Gigawatts de solaire d’ici 2022. Près de l’Equateur, le potentiel d’énergie solaire est de 138 Gigawatts, l’équivalent de 130 réacteurs nucléaires. L’Alliance solaire internationale souhaite porter à 1000 gigawatts la capacité photovoltaïque de ses pays membres d’ici 2030.
    Il est temps car certains pays comme l’Inde ou l’Afrique du Sud sont grands consommateurs de charbon, donc très pollueurs. Ils ont aussi d’immenses terrains libres où il est avantageux d’installer des parcs solaires gigantesques.
    Les énergies renouvelables et les problèmes énergétiques
    Il est certain que les énergies dites renouvelables ne suffiront pas à satisfaire les besoins en énergie de demain : quoi qu’en pensent des écolos qui voudraient réduire la consommation d’énergie dans le monde, donc le train de vie décente que suppose la production actuelle, la population mondiale en 2050 devant atteindre 9,5 milliards d’habitants, il faudra accroître la production d’énergie ; même en limitant la consommation au nécessaire, sans superflu – à savoir 2 tep (tonne équivalent pétrole : unité de mesure de la consommation d’énergie) en moyenne (et l’Afrique atteint péniblement 0,5 tep alors qu’aux États-Unis on est à 8 tep par an et par habitant et que les Européens en sont à 4 tep), il faudrait produire : 9,5 × 2 = 19 milliards de tep, contre 13 milliards en 2012. Donc il faudra prévoir d’augmenter de 6 milliards de tep la consommation d’énergie dans les décennies à venir, loin de ce que certains écologistes espèrent (ces chiffres viennent d’Amar Bellal, Environnement et énergie, éd. Le Temps des cerises).
    L’intégration des énergies renouvelables aux réseaux électriques est une étape majeure pour la réussite de la transition énergétique. Le raccordement au réseau électrique, prévu par RTE à l’horizon 2035, permettrait de produire de l’électricité avec 50 % de nucléaire et 10 % de fossiles (on voit que les énergies fossiles seraient réduites à peu de chose) et il resterait 40 % de mix énergétique (comprenant du solaire, de l’éolien et d’autres formes d’énergie propre) : cela est nécessaire si l’on veut ne pas élever la température terrestre de plus de 2 °C et éviter un réchauffement climatique trop important.
    La production électrique de solaire, dans le monde, était 7,7 TWh (térawatts) à la fin de 2016. Les spécialistes les plus optimistes prévoient une croissance de l’énergie solaire de 10 % par an dans les années à venir, la Chine et l’Europe étant en tête pour la production solaire, actuellement. Mais, l’implantation de parcs ou centrales solaires se heurte, pour l’instant, à des démarches administratives complexes, ce qui peut freiner la participation publique ; en effet, entre la mise au point d’un projet et la mise en place du chantier il faut au minimum deux ans : un an pour l’étude d’impact et un an d’instruction du permis de construire pour les centrales au sol (autorisation préfectorale). Le temps est nécessaire pour assurer concertation et prise en compte des règlements. Il faut aussi prendre garde à ne pas brader le secteur au privé sous prétexte de souplesse de fonctionnement. En terme de kilowatteurs, les grandes installations au sol reviennent trois fois moins chères que celui des petites installations en toiture. En 2020, les coûts du solaire se seront effondrés.
    Mais, comme l’ont dit certains chefs d’Etats au sommet de l’Alliance solaire internationale, l’Energie en quantité suffisante est consubstantielle au développement et à la prospérité mondiale. Les populations des pays ciblés pourront accroître leur production agricole, développer des industries et des services et de manière générale améliorer leur cadre de vie. Sans énergie, la planète est bloquée et ne peut survivre : d’où l’importance du développement énergétique que tous les peuples du monde entier attendent.
  • a pris position favorable 2018-04-30 20:48:47 +0200
  • a publié dans Écologie, enjeux de classe et projet communiste 2018-04-30 20:41:29 +0200