Notre démarche stratégique de transformation et de rassemblement, sur la base d'un bilan de la période écoulée et des enjeux de la période nouvelle - Congrès PCF

Avenir de notre démarche stratégique et bilan.
Contributeurs :

Si nous regardons objectivement la situation, il faut reconnaître que notre stratégie de Parti Communiste Français, n’a pas produit , toutes ces dernières années, une efficacité telle que des progrès significatifs aient été obtenus au regard de l’objectif de fond que nous nous assignons, à savoir le dépassement du capitalisme. Si l’on s’en tient aux faits apparents et malheureusement bien réels, depuis des décennies le niveau de vie de notre population s’est, malgré l’évolution des sciences et des techniques, plutôt dégradé et il n’est pas rare que l’on dise que le fait nouveau est que la génération actuelle vit plus mal que la précédente.

En environ 50 ans, au lendemain des conquis du Conseil National de la Résistance, le capitalisme s’est mondialisé et a évolué au point d’en être arrivé aujourd’hui à une domination globale de la finance internationale sur toutes les activités humaines ou presque. Ce tableau pourra paraître pessimiste et il est, sans doute, discutable mais le débat entre nous à ce sujet doit aller au bout sans gêne ni retenue. On a pour coutume de dire que la période historique est celle d’une crise globale de civilisation. C’est dire si la situation est grave et si l’urgence d’une évolution et même d’une révolution se pose de fait. D’un système ultra centralisé où la quasi totalité des richesses créées ainsi que les pouvoirs à l’échelle de la planète sont désormais entre les mains de quelques personnes, il s’agit, pour le plus grand nombre de s’orienter par la lutte vers la construction d’une perspective crédible de changement fondamental, c’est à dire de système. Il y a quelques temps dans La Dépêche du Midi, Alain Badiou disait : « Le problème actuel est de nature politique plutôt que sociale. La question décisive qui est mondiale est de savoir si l’économie capitaliste dominante qui met les ressources naturelles en coupe réglée pour que finalement une centaine de gens détiennent autant de biens que trois milliards d’autres, trouve enfin devant elle une autre voie, une autre force, qu’après bien d’autres je nomme communisme. Le nouveau communisme contre un capitalisme aussi arrogant que crépusculaire, telle est la question. Les luttes sociales ne sont que le milieu, l’élément, dans lequel cette question peut-être clarifiée et acceptée à l’échelle qui convient. »

Alors, comme disait l’autre, que faire pour parvenir à une efficacité réelle et concrète pour progresser dans ce sens là, comme on dit dans notre jargon, vers cette visée communiste ? La réponse ne va pas de soi et l’apport de tous les

cerveaux communistes ne sera pas de trop à l’occasion de ce Congrès extraordinaire pour que nous définissions sans la figer une nouvelle stratégie de combat anticapitaliste. Ce qu’il faut voir, à mon avis, c’est que c’est surtout à nous les communistes, qu’il revient de mener ce combat en priorité et de le mener beaucoup plus et beaucoup plus fort. Nous sommes le parti du combat révolutionnaire, c’est notre ADN depuis que nous existons, nous devons donc être les champions du combat pour le dépassement du capitalisme, comme réponse moderne aux problèmes posés à l’humanité toute entière. Tous nos écarts, sans doute involontaires, avec cette fonction fondamentale lui ont porté de sérieux coups. Couplés avec le combat de nos adversaires, il a été fatal pour les communistes de certains pays et nous fait chanceler parfois à nous aussi. Si nous ne menons pas ce combat révolutionnaire nul ne le fera à notre place et si tel était le cas nous pourrions disparaître. C’est sans doute, ce que nous ne sommes pas parvenus à faire suffisamment toutes ces dernières décennies. De ce point de vue, j’ai pour coutume de dire que, historiquement, nous sommes en échec face à la capacité qu’a eu le capitalisme à se régénérer et à intégrer des pans entiers de la population dans sa perpétuation. Ce point aussi peut faire débat entre nous et je ne doute pas qu’il le fera.

Quoiqu’il en soit, nous ne pouvons envisager d’en rester à ce sens de l’histoire, qu’est l’affaiblissement des forces progressistes au point d’être pour certaines dont nous, au bord de la finitude. Dans notre pays au lendemain des dernières échéances électorales, on a vu les équilibres traditionnels littéralement exploser pour en arriver à l’élection de Macron et de son énorme majorité. A l’heure actuelle une opération d’extraordinaire régression politique et sociale est en cours et suscite des résistances qui bien qu’éparpillées, pourraient s’amplifier et stopper ce torrent régressif. Nous considérons qu’il est toujours possible d’opposer au capitalisme en crise un processus de luttes émancipatrices, de conquêtes sociales, démocratiques et écologiques, de changements de pouvoirs qui rendent possibles la réappropriation de tout ce qui a été confisqué par les capitalistes, notamment les fabuleuses capacités produites du fait de l’évolution des sciences et des techniques. C’est le cœur de la lutte des classes d’aujourd’hui.

Depuis des décennies nous avons eu une stratégie d’alliances électorales qui nous a certes amené à partager le pouvoir avec d’autres mais pas de manière équitable. La social démocratie avec laquelle nous avons mené et menons toujours sauf au niveau national, depuis des décennies, des responsabilités dirigeantes, nous a mangé la laine sur le dos au point bien souvent, de nous marginaliser et si possible de nous faire disparaître alors que nous étions à un moment donné dominants à gauche et le plus grand parti de France. A mon avis il faut faire le bilan de cette période pour tacher de comprendre ce qui s’est

passé afin de rectifier ce qui relève de notre propre responsabilité. De même pour la période récente, il nous faut échanger sur l’échec du Front de Gauche et sur notre part de responsabilité. Ce bilan devrait nous permettre de ne pas reproduire les erreurs après les avoir identifié s’il y en a eu.

Sur la période récente, donc,de mon point de vue, nous n’avons pas été à la hauteur de la bataille au moment du Front de Gauche et nous avons produit une passivité de direction coupable. Il eut fallu être à l’initiative de propositions dans le Front de Gauche pour que l’activité militante commune se tourne en direction du peuple de gauche déçu, très rapidement, par Hollande. Au lieu de cela nous sommes restés très passifs et chacune des composantes, dont nous, s’est replié sur elle même. Au lieu de pousser à construire l’arbitrage politique du peuple, nous avons subi la pression assez anticommuniste de J L Mélenchon et des insoumis, rappelez vous la violence envers nous sur leurs blogs. Nous les avons laissé manœuvrer jusqu’à ce que l’activité du Front de Gauche devienne obsolète. Ainsi ce bel outil que nous avions contribué dés le début, à faire éclore à commencé pendant des mois à s’éteindre jusqu’à la fatalité, ce soir de début 2016 où J L Mélenchon s’est autoproclamé candidat sur TF1. Il pouvait enfin faire son cavalier seul relativement, de fait, sectaire vers son supposé destin de présidentiable, hors Front de Gauche. Du coup, que restait-il d’espace politique pour nous entre cette ambition personnelle et ce scrutin, véritable institution présidentialiste monarchique, dans lequel néanmoins, la majorité de nos concitoyennes et de nos concitoyens se laissent piéger. Faire cavalier seul nous aussi, mais pour quelle efficacité et quel résultat électoral ou bien faire notre propre campagne politique de soutien à la candidature de J l Mélenchon. Le vote des communistes trancha le débat de manière très partagée mais légèrement favorable pour le soutien à J L Mélenchon. Nous ferons la campagne communiste de soutien, en y engageant 500000 euros et J L Mélenchon refusera de les intégrer dans ses comptes de campagne ainsi que de nous les rembourser. C’est dire l’ampleur du fossé ! Une troisième proposition disparaîtra en cours de route à la veille de la Conférence Nationale, celle portant l’idée de ne pas décider à ce moment là, mais un peu plus tard. Erreur de notre direction ou volonté délibérée de ne pas repousser notre décision. Là aussi, de manière encore plus évidente, il nous faudra aller au bout du débat entre nous pour essayer de comprendre en étant constructifs.

Nous le savons, nous ne pouvons nous passer d’une stratégie de rassemblement et d’union. Il revient donc, au peuple de procéder aux arbitrages nécessaires pour que se construise une telle situation et que le dit peuple ne s’en laisse pas dessaisir. Hélas, les taux d’abstentions actuels, hormis la présidentielle, ne sont pas un bon présage. Comme nous le dit le groupe de travail sur le texte « stratégie », c’est dans les luttes de classes concrètes, c’est dans les pratiques et

les expérimentations sociales qui cherchent à anticiper une manière de développer l’humanité en commun qu’adviendra ou non la possibilité de ces temps nouveaux. Ce que les camarades nomment, un processus d’évolution révolutionnaire multiforme. C’est dans les luttes pour vivre mieux et partager les richesses que peut grandir la nécessité du dépassement des logiques capitalistes. Nous sommes donc face à un sacré défi. Seront nous en mesure de caler des pratiques politiques nouvelles pour se hisser à la hauteur de nos objectifs politiques ? Là aussi nous devons apporter sur tous les sujets essentiels des propositions pour l’immédiat et l’avenir afin que commence à prendre corps une perspective populaire crédible. Ces sujets sont la transformation ou le dépassement du travail avec la généralisation de l’utilisation du numérique, la sécurisation de l’emploi ou de l’activité rémunérée tout au long de la vie, la place et le développement des services publics du 21ème siècle, la révolution écologique, la révolution des pouvoirs, la reconquête sur le pouvoir du fric, un nouvel épanouissement de la personne humaine autour des valeurs essentielles, l’appropriation généralisée de la culture dans une extraordinaire dimension émancipatrice, les contours d’une société de partage, etc...

Nous devons avoir cette capacité à dépasser l’état du rapport des forces actuel avec un Macron dominant malgré que celles et ceux qui l’ont élu soient minoritaires et une France Insoumise qui joue plutôt le jeu de la division mortifère et le rôle de l’idiot utile de la macronie. Alors qu’elle se présente comme le nouveau monde et qu’elle est dominante dans cette gauche électoralement dynamitée, la FI tend à vouloir construire une opposition sectaire plutôt qu’un front uni sur l’essentiel et prêt a prendre ses responsabilités transformatrices.

Nous devons donc, prendre toutes les initiatives possibles pour tenter d’avancer sur nos objectifs en remportant toutes les victoires politiques possibles. Nous avons la responsabilité de créer de l’espoir en faisant percevoir des solutions et une perspective de sortie du capitalisme. Il faut, notamment avec les acteurs sociaux qui résistent et luttent contre les mauvais coups assénés et les reculs imposés générer un débat de société pour déterminer s’il est nécessaire de sortir du système capitaliste ou si l’on peut se contenter de le réformer. La question se pose désormais avec acuité et de façon nouvelle devant les nouveaux périls planétaires et humains

Dans ce nouveau contexte, la question des alliances se pose aussi de façon nouvelle. Avec qui ? Pourquoi faire ? Jusqu’où ? Dans quel but ? Se pose aussi la question de notre rapport aux différentes couches de la population ? Quel contenu porter avec quelle ligne conductrice ? Il nous faut être très précis et éviter de donner à voir des tergiversations face aux questions contemporaines .

Nous avons pour mission fondamentale d’aider notre peuple à cheminer sur sa route émancipatrice. Nous devons le faire toujours plus, évidemment. Pourtant, souvent, on doute car notre influence est trop basse, notre parti a un effectif vieillissant, etc... Cependant parfois, nous constatons que ce que nous portons devient une évidence populaire. Nous l’avons constaté récemment, sur un marché de Tarbes, où les gens habitués à nous voir et à nous solliciter en tant qu’ interlocuteurs crédibles, reprenaient à leur compte l’idée que en cassant la SNCF, Macron et son pouvoir avec tous leurs soutiens, tentaient de créer les conditions de réaliser sans trop de difficultés leurs sales objectifs destructeurs de notre modèle social solidaire et de toute perspective émancipatrice . Preuve s’il en est de notre utilité impérieuse et malgré tout, de notre efficacité.

De ce point de vue toutes nos initiatives sont et seront précieuses pour élever le niveau des consciences. Nous l’avons aussi constaté dernièrement dans les Hautes Pyrénées lors d’un débat, sur le devenir des industries bigourdanes, en présence de Frédéric Boccara et Marie Pierre Vieu. Ce fut très éclairant au vu de la qualité des interventions, notamment de nombre de syndicalistes qui comme nous, à force de buter sur l’intransigeance du capitalisme, se posent la question de comment endiguer ce tsunami ultra-libéral.

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