Notre démarche stratégique de transformation et de rassemblement, sur la base d'un bilan de la période écoulée et des enjeux de la période nouvelle - Congrès PCF

La stratégie- Réinventer la gauche ?
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La stratégie des communistes français, processus d'évolution révolutionnaire, est l'affaire des communistes eux-mêmes, et, précisément parce que, en communistes, ils élaborent leur politique à partir de la réalité concrète, ils prennent en compte cette réalité française, spécifique, de l'existence d'une gauche politique (qu'on se gardera bien de ne considérer que sous les traits des formations actuelles qui se rangent ou que l'on classe dans cette catégorie).

 

La gauche française plonge ses racines dans la Révolution et sa promesse d'émancipation. Plus de deux siècles après, rien n'est à jeter, bien au contraire, de ses actes fondateurs, des principes émancipateurs qui ont inspiré les avancées et les conquêtes populaires.La gauche que les historiens qualifient de moderne s'est construite au début du XXème siècle au prix de débats et de controverses âpres. Elle s'est unifiée en Parti , Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). En 1908, le Congrès de Toulouse du parti socialiste a adopté à l'unanimité la proposition de Jaurès qui soutint la Motion du Tarn, écrite de sa main. La première phrase de cette résolution : « Le Parti socialiste est un parti de Révolution ». En 1920, la scission (communistes majoritaires et socialistes minoritaires) mais toujours, jusqu'à aujourd'hui, la vie politique française sera marquée par le « clivage » gauche-droite. Même quand le Parti socialiste se fait « serviteur loyal du capitalisme » (Léon Blum), même quand le PCF s'aligne sur le soviétisme stalinien, en France on est de droite ou on est de gauche. De gauche, c'est-à-dire républicain, pour la justice , les libertés et, tout au moins pacifiste. On se réfère à la figure de Jaurès, totem vigilant, dont, à défaut de bien connaître la pensée, on loue unanimement les valeurs et le courage. Depuis le début des années trente, la politique du PCF a toujours intégré, dans des circonstances diverses, l'existence d'une gauche aux composantes « plurielles » mais potentiellement porteuse d'avancées et d'un projet émancipateur. Telle est la réalité avec laquelle un parti révolutionnaire doit compter pour construire sa stratégie.

 

Juin 2017, la gauche connaît une défaite historique. Les forces politiques qui l'ont incarnée au long du siècle écoulé semblent avoir épuisé leur postérité et clôt ce cycle historique. Fragmentée à l'extrême, elle se retrouve laminée électoralement par de nouvelles organisations politiques propulsées par le présidentialisme et la légitimité charismatique de leurs leaders, célébrant un simulacre d'horizontalité pour gonfler artificiellement le nombre de leurs adhérents. Fin d'un cycle ou enterrement ? PS et PCF se posent la question : puis-je survivre ? Et si oui, comment ?

 

Pour le parti socialiste, l'affaire semble entendue : changer de nom, trouver un nouveau leader, étoffer un programme « réaliste », telle est la feuille de route permettant de clore le chapitre ouvert en 1970 par Mitterrand pour se reconvertir sans trop se poser la question de ses fondements et de sa doctrine. La référence à « la gauche » n'ayant plus depuis longtemps qu'une valeur symbolique, on ne la revendiquera qu'à usage électoral. Aucun besoin de doctrine, ni d'un projet, ni de repères symboliques puisque, dans un monde désidéologisé et sous les institutions qui sont celles de la Vème République, il serait devenu inutile de s'encombrer de toutes ces « reliques du passé ». Un tournant pour la gauche où ce parti avait conquis l'hégémonie depuis quatre décennies.

 

Au PCF, en juin 2016, la résolution adoptée au 37ème congrès indiquait déjà:« Cette gauche doit réinventer ses projets et ses pratiques, se réinventer elle-même pour rassembler toutes celles et tous ceux qui veulent une autre voie pour la France ». La clarification exigeante à laquelle ses militants sont maintenant appelés passe aussi par là : redéfinir le parti, son projet autonome, son organisation, certes, mais procéder avec la même exigence à la (re)définition d'une stratégie cohérente. Soyons attentifs : la réflexion ici se heurte inévitablement à la place et au rôle que tiennent les institutions et aux séquences électorales contre lesquelles nous nous sommes systématiquement cassés les dents.

 

La « nouveauté », qui pourrait faire illusion, a été apportée par Mélenchon et sa stratégie électorale en apparence fructueuse avec la création de son mouvement France insoumise. Avec le soutien du PCF et des élus communistes qui ont permis par leur parrainage sa candidature, il recueille près de 20% à l'élection présidentielle. Aux législatives suivantes, il reste moins de la moitié de ces suffrages qui permettent l'élection de 16 députés. L'ancien dirigeant et sénateur socialiste a pris délibérément ses distances avec la gauche, a refusé la présence des drapeaux rouges et de chanter l'Internationale dans ses meetings et a mené une campagne d'une insupportable violence à l'égard des candidats de gauche et de ses formations, particulièrement de son ancien partenaire du Front de gauche, le parti communiste. Cette stratégie autocentrée a-t-elle, comme certains le pensent, un avenir permettant de construire durablement une perspective émancipatrice ?

 

Les forces politiques de la gauche française ne se limitent pas à celles-ci. Les formations alternatives au capitalisme (NPA, LO,...), autogestionnaires, anarchistes, participent de cette constellation des « invisibles », hors de la lumière des médias mais bien présentes dans les combats du quotidien. Leurs militants, sympathisants sont actifs dans les syndicats, dans les collectifs qui résistent aux politiques ultralibérales. On les côtoie dans les squats auprès des « sans » (toit, papiers,...), collectifs de chômeurs, dans les ZAD, etc...Ils sont la « gauche de la périphérie », en marge des institutions, celle qui a produit des millions d'abstentionnistes et de bulletins blancs lors des seconds tours. Ont-ils à voir avec nous, les communistes ? Et si oui, comment les associons-nous à notre réflexion ? Il y a enfin ces millions de gens que la « gauche » a abandonnés et qui ont, en retour, abandonné la gauche, en qui ils ne peuvent voir que mépris pour eux et plus du tout une espérance. Faire renaître, redéfinir un projet d'émancipation qui donne du sens et fasse écho à chaque combat émancipateur en offrant une perspective : telle est la tâche à l'ordre du jour.

 

« La gauche devrait regarder celle de la fin du XIX° siècle pour réfléchir à la dynamique dont elle témoignait », suggère l'historienne Marion Fontaine. L'extrême fragmentation de la gauche actuelle n'est pas sans rappeler en effet le paysage des gauches de cette époque où coexistaient de « multiples structures en gestation, des vieux militants, des politiques dans la force de l'âge, de jeunes pousses intellectuelles, des syndicats,... » en effervescence de débats, en recherche de réponses et de sens à donner aux enjeux de la société, du capitalisme d'alors. La clarification a pu s'opérer au début du XX° siècle, notamment avec l'unité réalisée d'un parti socialiste dans la direction et avec la méthode défendues par Jaurès. Aujourd'hui comme alors, ce n'est pas par des ruses, des calculs politiciens ou des arrangements avec le système que seront trouvées les réponses de gauche. Les échecs du Programme commun, de la Gauche plurielle, des Collectifs « antilibéraux » interpellent sur les impasses de stratégies qui, prétendant subvertir les logiques institutionnelles en place, en faisant l'économie de l'objectif et oubliant de poser les termes, les fins du rassemblement, sont allées dans le mur.

 

L'effondrement de l'hégémonie social-démocrate sur la gauche semble définitif. Il témoigne de l'impossibilité de concilier le libéralisme et la justice sociale. Substituer à cette hégémonie un populisme fondé sur le césarisme prôné par J-L Mélenchon (« Je veux remplacer le PS »), décréter la mort des partis et leur remplacement par des « mouvements » (fausse horizontalité et réelle verticalité au service d'un leader), ces soi-disant «modernités» sont autant d'impasses nouvelles. Alors, quoi ? Au risque d'être traités d' « archaïques », choisissons de ré-inventer la gauche en renouant avec les actes qui lui ont conféré ses traits fondamentaux.

 

Gauche de la Révolution française, c'est la promesse de l'émancipation, des Droits de l'Homme et du Peuple souverain. Gauche du XX° siècle, c'est celle de la République sociale, des conquêtes ouvrières et démocratiques réunissant aux moments décisifs les forces et les organisations du monde du travail et de la création. La gauche à construire pour notre temps,ce ne peut-être autre chose que 1-Un projet d'émancipation en réponse aux enjeux d'aujourd'hui (émancipation collective et individuelle) et aux défis posés par les ravages, sociaux, culturels, écologiques,... du capitalisme prédateur. 2-Une méthode permettant de rassembler sur ce projet, dans le respect des sensibilités, les énergies, les organisations, du local au national, à l'international.

Le moment est sans doute venu de lancer un appel à toutes les gauches, individus.

 

formations politiques, syndicats, associations pour des Etats généraux pour un nouveau Front populaire.

Qui d'autre, comme organisation, que le PCF est apte aujourd'hui à prendre une telle initiative ?

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