Notre démarche stratégique de transformation et de rassemblement, sur la base d'un bilan de la période écoulée et des enjeux de la période nouvelle - Congrès PCF

Nous sommes en train de passer à côté des enjeux du congrès
Contributeurs :

Nous sommes en train de passer à côté des enjeux du congrès. A lire les propositions de bases communes en débat pour le congrès, je trouve qu’avec leurs différences qui ne sont en rien négligeables, elles souffrent toutes, au fond, de ce que je perçois comme trois renoncements. 1) Le premier de ces renoncements, c’est qu’aucune n’accepte de s’attaquer vraiment à la complexité du monde. Là où tout est bouleversé par les révolutions en cours, on cherche les réponses simplistes et les postures politiques commodes, parfois héritées du passé ou d’un pseudo marxisme mal digéré. -Il faut, oui, dire lutte des classes. Mais où en sont les classes, où en est la classe exploitée, à l’heure où le travail est chamboulé par la révolution numérique et informationnelle ? Où se cache notre prolétariat ? Quelle classe ouvrière va libérer l’ensemble de la société ? L’abord théorique de ces questions ne peut masquer les problèmes concrets qu’elles soulèvent. Le travail reste-t-il le cœur de la production des richesses ? Quel travail ? Quels rapports sociaux ? Quelle hiérarchie ? Quelle place de l’individu au travail ? Quel statut du travailleur ? Quelle place du travail dans la société (et donc, par exemple, quelle durée du travail) ? -Quelle place au progrès quand est engagé, si le monde poursuit sa course folle, la destruction à terme de l’humanité et de la planète ? On dit avec raison : c’est le capitalisme qui conduit au gouffre. Parfaitement juste. Mais comment le communisme peut-il opérer la bifurcation salutaire ? Je ne prends qu’un exemple : une proposition affirme qu’il faut se prononcer pour un mixe énergétique totalement composé d’énergies renouvelables. OK, je vote pour. Ni carbone, ni nucléaire ? OK à deux mains. Mais comment ? Répondons à des questions comme : faut-il produire plus ou moins d’électricité ? Si nous répondons à cette question concrète avec nos valeurs, (égalité, justice et confiance dans le progrès), je pense qu’il faut augmenter la production d’électricité, même si l’effort pour en économiser est multiplié. En tout cas c’est ce qu’il me semble. Quel « tout renouvelable » est capable de fournir à moyen terme plus de production électrique qu’aujourd’hui ? Et si ce n’est possible à moyen terme, quels compromis, quelles priorités ? - On pourrait multiplier les exemples, de l’enjeu des droits humains à l’heure de la barbarie mondialisée, des enjeux bioéthiques, ou de la question européenne puisqu’elle est d’actualité. Europe des peuples ? OK. Souveraineté et démocratie ? OK. Mais quelles institutions politiques européennes pourraient permettre une souveraineté populaire à l’échelle de l’Europe ? Comment concevoir de telles institutions qui n’amoindrissent pas les souverainetés populaires nationales ? Si tout n’est pas page blanche, tout n’est pas écrit non plus. Nous avons à inventer un monde. Seuls ? Non ! Mais nous devons y contribuer. Je pense que notre créativité est largement contrariée par la frilosité ou les postures de circonstances. D’un côté le retour à de soi-disant fondamentaux, d’un autre un alignement trop aveugle à d’autres forces, d’un troisième un entre-deux trop hésitant. 2) Le second renoncement est notre timidité à prendre à bras le corps et à brandir le drapeau de la démocratie. C’est très handicapant pour le fond de notre combat. La libération des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes disons-nous. Pas d’un Etat, pas d’un parti, pas d’une classe ou d’une caste. A moins d’être de purs rêveurs (qui en général transforment les plus doux des rêves en cauchemars dictatoriaux) ce n’est pas l’action minoritaire qui permettra de débarquer le capitalisme. Et heureusement, notre peuple est éduqué, il a des valeurs que nous partageons et il y est attaché. Pourtant se réclamer de la démocratie semble un tabou chez les communistes. Or, « qui décide ? » me parait être la question du moment. Et « décider par nous-mêmes » est l’aspiration qui monte dans ce monde nouveau et complexe. Pour le combat communiste, la démocratie, son extension à tous les aspects, tous les domaines de la vie sociale, politique, économique et culturelle, sa généralisation et son approfondissement progressifs, sont non seulement le moyen le plus sûr, le plus fiable, le plus rapide - le seul en vérité - pour engager le dépassement radical du capitalisme. Il est aussi le but réel de notre combat : une autogestion généralisée. C’est en quoi, à mon avis, le communisme peut être la visée de notre temps, en phase avec les aspirations populaires de notre époque. Alors se posent de multiples questions : démocratie et lutte des classes, et quid de l’idéologie dominante ? Et quelle hégémonie culturelle dans un monde, une société dominée par les GAFAM ?... J’ajoute que la démocratie est devenue un enjeu majeur de la lutte des classes et celle des possédants n’a de cesse de chercher à lui tailler des croupières. Cette frilosité pour le moins vis à vis de la démocratie est un sérieux handicap qui fausse totalement nos débats stratégiques. 3) Le troisième renoncement est une renonciation à la démarche dialectique. On peut rêver d’un futur, en parler, l’envisager. Mais pour le bâtir vraiment, il faut que, dans le présent, ce futur soit déjà en partie là. Ou que dans le présent, on incorpore un maximum de futur. Sinon le futur restera un beau ou mauvais rêve. C’est ce que j’ai compris de la philosophie de Marx. Nous avons tous (c’est un très beau consensus auquel les trois « bases communes » sont parvenues), l’idée que le communisme est à l’ordre du jour. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’il doit titrer notre résolution de congrès ? Pas seulement. Cela devrait signifier qu’il nous faut dès maintenant construire du communisme dans la société actuelle. Et nous ne pouvons l’envisager qu’à partir des éléments dans la société actuelle qui se confrontent au capitalisme, qui le contestent, qui le dépassent… Il y en a qui sont des avancées et conquêtes ouvrières et populaires : des grandes (la Sécu, la laïcité…) et des plus partielles (du logement social aux pratiques de gratuité, de l’ESS aux Amap…) et il y a les grandes aspirations populaires (l’écologie ou l’égalité homme femme, la fraternité…) L’implication stratégique de cette question est décisive. Nous sommes tous d’accord pour une politique de rassemblement. La question première n’est pas « qui rassembler ? ». C’est pourtant quasi exclusivement autour d’elle que nous menons le débat du congrès. Mais rassembler sur quoi ? Des objectifs immédiats et de long terme, qui ouvertement mettent en cause le capitalisme. Et rassembler pour quoi ? Pour des victoires - par quelque moyen démocratique qu’elles s’obtiennent, luttes, positions électorales et de pouvoir… - qui approfondiront les contradictions de la société capitaliste et permettront des victoires plus larges encore demain. Et, quand même, rassembler qui ? Tous ceux, de quelque couleur que ce soit, d’accord sur ces objectifs concrets. (Je dis « tous », oui ! Et je précise. Nous savons et disons que c’est l’action d’un ministre communiste, A. Croizat, qui a permis la création de la Sécu. Mais dites-moi, camarades : Il était ministre de quel gouvernement ? Qui dirigeait ce gouvernement ?) Au niveau des mots, il n’y a pas là de grand tournant stratégique, quoi que… Mais si c’est vraiment cette stratégie qui devient notre pratique politique quotidienne, alors tout change et tout doit changer : l’organisation du parti, la stratégie, le rapport aux adhérents, le rapport aux gens… La politique en réalité doit changer de base. Je ne mets pas toutes les propositions de bases communes dans le même sac et je dis que, dans l’état actuel, je choisis sans hésitation celle proposée par le CN. Elle est, selon moi, bien mieux amendable. Mais sa timidité dans l’expression des enjeux me laisse craindre qu’elle ait du mal à mobiliser des militants qui cherchent à tourner les pages qui nous ont conduit à nos défaites électorales. Si l’enjeu du congrès, tel qu’il apparait dans les débats actuels (s’affirmer communiste ou s’effacer pour les uns ; se tourner vers la société ou s’enfermer dans le quant à soi chez les autres), reste à ce niveau, nous ferons le mauvais choix et nous passerons à côté de la recherche des questions qui nous sont communes : comment engager ce communisme aujourd’hui à l’ordre du jour, quelles initiatives prendre sans attendre pour dépasser le capitalisme et en sortir ? Olivier Mayer

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