Notre démarche stratégique de transformation et de rassemblement, sur la base d'un bilan de la période écoulée et des enjeux de la période nouvelle - Congrès PCF

Comment Faire
Contributeurs :

Notre parti n'a pas pris la mesure des bouleversements des années 80- 90. L'Amérique vaincue au Viet Nam et dont les tares sont gigantesques (le génocide indien, la destruction par la violence du syndicalisme de classe, le racisme profond, le pillage néo colonial) est devenue le phare du bonheur universel pour une grande partie du monde y compris en France. Cette grande victoire des Néo cons de Reagan et de Thatcher ne visait pas le bonheur universel mais une rente à 14 % pour les capitalistes au lieu du "misérable" profit à 4 % du temps du New Deal.

Cela ne pouvait se faire qu' en s'en prenant à deux des constituants de la répartition de la plus- value

  •   Le salaire réel (gel des salaires dans un premier temps puis délocalisation) mais surtout ses compléments systématiquement réduits à coup de réformes (santé, retraites, avantages sociaux en général.

  •   Le prélèvement redistributif de l'état. C'est la fameuse baisse des dépenses de l'état, qui prend aussi la forme des cadeaux au CAC 40.

    Notre retard à le comprendre, nous l'avons payé cher, il est inutile de s'étendre sur les conséquences. Yves Montand a pu venir à la télé vanter les magnifiques résultats de la crise aux effets bénéfiques. Et nos effectifs ont fondu, ainsi que notre influence. Parler de lutte des classes est devenu inaudible. Le peuple français aussi l'a payé cher, bien plus cher que nous.

    Mais comme nous ne l'avons ni compris ni intégré notre stratégie est restée identique. Le PS, lui, a compris que l'état reaganien n'avait plus rien à donner au peuple que des retours en arrière. Convaincu que c'était la seule solution il est devenu social libéral (les dirigeants). Mais nous avons continué à ne concevoir comme rassemblement qu'une union avec le PS hégémonique qui nous offrait des strapontins et nous avons théorisé le capitalisme monopoliste d'état gaulliste alors que le vrai capitalisme voulait des états soumis dans un monde sans frontières économiques.

    Jusqu'aux années 2000 l'hégémonie (au sens de Gramsci) a donc été sans partage.

    Nous n'avons pas mieux compris qu'elle est en train de s'effriter. Le suffrage universel (toujours faussé) n'est pas la quintessence de la démocratie mais le lieu d'affrontement et de mesure d'efficacité de l'hégémonie en place et de l'hégémonie qui tend à la remplacer. On ne casse pas le thermomètre car on ne pourrait plus rien mesurer, ce n'est pas une liberté formelle, mais un outil indispensable.

    Que nous dit cet outil ? le peuple vote de plus en plus "mal" ou s'abstient massivement. C'est en réalité la preuve que l'adhésion béate aux thèses du libéralisme est en train d'en prendre un coup. Certes cela ne débouche à ce stade sur rien de constructif. Mais nous y avons vu la montée du Front National par assimilation avec 1933 alors que le capitalisme préfère les socialistes aux fascistes. Certes le racisme et la démagogie sont condamnables mais le plus dangereux est Macron parce qu'il a le pouvoir. Et voter pour Macron et la droite ou les socialistes n'est pas plus intelligent que de voter Le Pen, ce qu'ils FONT au pouvoir le prouve amplement. Pourtant nous avons appelé avec des circonlocutions à voter pour Macron au deuxième tour. Comment le peuple de France pourrait-il nous identifier pour ce que nous sommes ? Une autre nouveauté, l'adhésion au culte d'un chef charismatique a été facilitée par notre stratégie politique inchangée lors des primaires des dernières présidentielles.

Les dérives de Mélenchon en 2017 montrent que la sous-estimation du mécanisme de l'acculturation (l'adhésion aux idées du dominant) peut devenir un obstacle au dépassement. Le populisme de gauche qu'il défend suppose que la parole du prophète va par la force de l'affect subjuguer les victimes du capitalisme rentier. Un "Nous" majoritaire va se construire jusqu'à la victoire finale face au "eux" des privilégiés. Cela postule la "fin des partis de classe" remplacés par la grande communion de la vertu.

Le PCF n'est pas exempt de tout reproche sur ce point. Lui aussi discute à n'en plus finir sur ce qui est souhaitable, et discute beaucoup moins du comment faire. Au fond l'erreur est la même que celle de Mélenchon : la force de la conviction exprimée dans des tracts de mieux en mieux faits parviendra à convaincre tous ceux qui souffrent.

Pourtant la triste réalité contredit perpétuellement cette conviction. Le peuple "vote mal " ou ne vote pas du tout et porte au pouvoir y compris par défaut ceux qui le détruisent . Gramsci (qui revient à la mode) nous avait pourtant mis en garde. Nous aurions bien besoin d'une théorie adaptée au monde actuel.

Il est essentiel de savoir où on veut aller. Le souhaitable doit donc être discuté. Mais la lutte idéologique seule prend à l'envers le problème de l'hégémonie. Ce n'est pas par des mots qu'on parviendra à modifier ce qui est dans la tête des gens mais en leur prouvant par des actes concrets (et donc des succès) qu'on leur a raconté des salades qui ne profitent qu'aux riches et qu'autre chose est POSSIBLE. On peut disserter à l'infini sur la loi travail ou l'évasion fiscale, obtenir même une condamnation majoritaire. Perpétuellement, les sondages montrent que notre peuple veut être bien soigné, envoyer ses enfants dans une école de la réussite, souhaite mettre fin à la plaie du chômage. En somme notre programme. Si des avancées gagnées dans la lutte très large ne prouvent pas que la démarche proposée est juste, la peur l'emportera, le scepticisme et les fausses propositions fouriéristes qui contournent la difficulté.

Mélenchon avec son "nous" divisera les victimes en deux : ceux qui commencent dans leur tête à se libérer des idées reçues du libéralisme et ceux qui n'y sont pas parvenus. Eternel minoritaire il occupera une situation à la fois confortable (Comme Varoufakis il fuit le monde réel) et irritante pour son égo d'opposition de sa Majesté, le pouvoir promis s'éloignant à chaque élection comme l'horizon s'éloigne devant le navigateur. Ce mirage s'explique : voter pour le chef charismatique n'exige aucun effort particulier. Par son génie il pourvoit à tout. Mais le camp des "eux" continuera à accueillir beaucoup de ceux qui n'ont rien à y faire.

. L'exemple du harcèlement des femmes arrive à point nommé. Depuis des millénaires la puissance du mâle s'exerce, non sans effet sur les femmes. Les jeunes femmes livrées par leur famille à un barbon fortuné, la bonne engrossée par le patron, la candidate actrice passant par la promotion canapé, l'employée harcelée par son chef étaient culpabilisées, c'était en partie de leur faute. La puissance de l'hégémonie est criante qui agit de l'intérieur. Des femmes depuis un siècle se battent, avec des résultats partiels : l'accès des femmes au travail bien rémunéré progresse, leur scolarisation égale celle des hommes, elles votent et sont élues, plus aucun domaine du sport ne leur est interdit. Toujours avec un mais, l'infériorité demeure, le harcèlement aussi. Et puis un incident mineur au regard de l'enjeu (Le producteur Weinstein n'est pas seul de son espèce) crée un seuil irréversible. Le déferlement est extraordinaire, les bouches s'ouvrent. La peur change de camp. Remarquons que cela ne doit rien à une prophétesse charismatique mais à de lentes conquêtes jamais totalement abouties.

C'est une démarche semblable que nous devrions adopter dans le domaine économique. Le sociétal est essentiel mais soluble dans le capitalisme. C'est Simone Weil qui a imposé l'avortement. Par contre dans la lutte contre les 14 % de profit un camp se dessine, celui de l'humain d'abord contre le parti du fric, et les faux semblants ne tiennent pas la route.

Lutter contre les 14 % c'est défendre les services publics, empêcher une délocalisation, défendre la sécurité sociale et tant d'autres combats qui restreignent la ponction des capitalistes. Les pratiques anciennes d'accords de sommet et la charte d'Amiens qui sépare le syndical du politique ont donné de bons résultats dans le passé. Elles sont aujourd'hui des obstacles.

Se focaliser sur nos aspirations sans discuter longuement du COMMENT FAIRE c'est faire du sur place et le sur place est une mise à l'écart. Impliquer chacun dans un mouvement de masse, travailler avec les autres sur des objectifs précis, obtenir des succès qui donnent l'espoir , telle est la voie que nous devrions emprunter.

Henri AUSSEIL trésorier de section Mauguio Littoral

Les commentaires